Rien de plus distrayant que le cyclisme à la télévision. Moins guindé que le tennis à Roland-Garros, avec ses stars mal rasées – les hommes surtout! – et au regard méchant. En plus, quand Alex Zülle, avec son sourire modeste, est maillot rose pour la neuvième journée consécutive, à 5 secondes du deuxième, quel suspense!

Quel voyage aussi, au cœur de l'épreuve. On doit à cet égard rendre hommage à ces autres forçats des tours cyclistes que sont les cameramen, ces inconnus qui font vivre pour nous ce sport si populaire, avec ses émotions, ses héroïsmes, ses drames. Son intelligence aussi, et sa dramaturgie.

Aujourd'hui c'est le Giro, mais c'est pareil à toutes les courses: ces hommes nous emmènent quasiment sur le flanc des coureurs, pour nous faire ahaner avec eux, avoir soif pour eux, et peiner sous l'effort de la volonté, du courage et du muscle. Accrochés à la selle arrière de leur moto, emmenés à l'allure folle d'une échappée, un œil rivé sur le viseur et l'autre sur l'événement qui pourrait surgir alentour, superbement anonymes, les cameramen prennent tous les risques pour la beauté du spectacle. Au point – comme en toute chose, une dérive hélas menace là aussi – de gêner les coureurs. Comme on l'a vu il y a peu au Tour de Romandie, ce fut hier clairement le cas dans la dernière descente de l'étape Macerata-San Marino. Ce serait malheureux que la télévision, si excellente dans la couverture de cette magnifique discipline, devienne, pour quelques images de trop, l'ennemie redoutée des champions.