La Nasa est fin prête à exécuter, ce vendredi matin à 11h30 GMT, une mission kamikaze en quête d’eau dont la cible est un cratère au pôle sud de la Lune dans lequel l’agence spatiale américaine va précipiter à grande vitesse un projectile de 2,3 tonnes suivi peu après par une sonde. La sonde, appelée LCROSS (Lunar Crater Observation and Sensing Satellite), avait été lancée en juin à bord d’une fusée Atlas V avec une autre sonde, dite LRO (Lunar Reconnaissance Orbiter), chargée elle d’établir une carte détaillée de l’unique satellite naturel de la Terre.

Les deux engins spatiaux représentent la première mission préparatoire du programme Constellation visant à un retour des Américains sur la Lune dans les années 2020. Mais le sort de ce projet est incertain alors qu’une commission d’experts nommée par le président Barack Obama a conclu qu’il nécessitait trois milliards de dollars de plus par an. Le président doit encore trancher entre cette option et d’autres, meilleures marché mais moins ambitieuses.

Si le vaisseau LRO s’est rapidement séparé du lanceur pour se placer trois jours plus tard en orbite lunaire, la sonde LCROSS est restée attachée au deuxième étage de la fusée, appelé Centaur, durant son périple de trois mois de la Terre à la Lune. Leur séparation est intervenue tard jeudi. Les deux engins seront précipités quelques heures plus tard dans le cratère lunaire Cabeus.

«Nous sommes dans la ligne de mire pour frapper la zone choisie», a dit jeudi à la presse Anthony Colaprete, responsable du projet LCROSS, dont le coût est de 79 millions de dollars. Centaur ira d’abord s’écraser dans Cabeus à 9.000 kmh, creusant un cratère de 20 mètres de diamètre sur cinq de profondeur. L’impact propulsera 350 tonnes de matériaux jusqu’à dix kilomètres d’altitude, au moment où les rayons du soleil fourniront un éclairage maximum.

La sonde LCROSS, d’une masse de 891 kg, subira le même sort quatre minutes plus tard, le temps pour ses neuf instruments, dont trois spectromètres, de capter et déterminer la nature des particules dans le panache de matériaux projetés, avant de transmettre les données recueillies à la Terre. Il sera alors possible de déterminer si de l’eau gelée se trouve dans ce cratère dans lequel la lumière du soleil ne pénètre jamais et qui est de ce fait extrêmement froid avec des températures de -240 degrés Celsius.

Cabeus a un diamètre de cent kilomètres pour une profondeur variant de 2,5 à 4 kilomètres. «Nous cherchons les endroits dans l’obscurité permanente où de la glace d’eau pourrait avoir été piégée durant des milliards d’années et nous voulons aussi savoir quelles sont les quantités qui s’y trouvent», explique Peter Schultz, géologue de l’Université Brown (Rhodes-Island, est), membre de l’équipe scientifique de la mission LCROSS.

La Nasa a sélectionné cette région près du pôle sud de la Lune après qu’une autre sonde eut détecté précédemment des émanations d’hydrogène, une signature de la présence de glace. Selon des observations récentes, des particules d’eau sont bien présentes sur la Lune, contrairement aux conclusions antérieures de la science selon lesquelles le sol lunaire serait sec, à la possible exception des pôles.

Les images de l’impact seront retransmises en direct par la télévision de la Nasa (www.nasa.gov/ntv) et l’événement sera filmé par des caméras à bord de la sonde suiveuse LCROSS. Le flash qui suivra la collision durera environ 30 secondes. L’événement sera également traqué par plusieurs télescopes terrestres et en orbite ainsi que par de nombreux astronomes amateurs.