John Christensen est l’un des fondateurs du réseau Tax Justice Network, lancé en 2003. Cet ­économiste, né à Jersey, a travaillé plusieurs années comme ­conseiller économique de l’île. Avant cela, il a œuvré pour une société d’audit afin de comprendre comment fonctionnaient les trusts. Dès le départ, il a insisté sur l’idée que se concentrer aussi fortement sur les activités financières desservait Jersey – environ la moitié du PIB provient de la finance – et a voulu travailler dans le sens d’un rééquilibrage de l’économie. Rencontre dans la banlieue de Londres.

Le Temps: Comment jugez-vous la stratégie du gouvernement suisse pour défendre sa place financière?

John Christensen: Le gouvernement helvétique est remarquable dans sa défense de la place financière. Au début, j’ai pensé que la proposition de l’accord «Rubik» était une plaisanterie. Et les Suisses sont parvenus à l’imposer. Le monde voit ce pays comme très efficace dans les négociations, surtout lorsque cela a trait au secteur financier. Mais, à mon avis, ils essaient de défendre l’indéfendable. Face aux Etats-Unis, les Suisses ont dû faire des concessions, mais avaient-ils vraiment le choix?

L’idée de demander aux clients une déclaration de conformité fiscale circule pourtant…

Ce n’est pas sérieux. Surtout s’il y a des trusts impliqués, il est difficile de connaître l’ayant droit économique.

Les banquiers suisses ont souvent l’impression que les autres pays les montrent du doigt, tout en épargnant d’autres places…

Ce discours est tenu dans d’autres juridictions. «Pourquoi s’acharner sur nous? Par jalousie de notre réussite économique. Pourquoi ne pas se tourner vers Londres, le Luxembourg, le Delaware, etc.» Ce n’est pas vrai. Jersey, par exemple, est aussi sous pression et n’a pas reçu le soutien du gouvernement britannique.

Que pensez-vous de l’accord «Rubik» que la Suisse a conclu avec la Grande-Bretagne sur l’impôt libératoire?

C’est l’ultime effort de la Suisse pour défendre le secret bancaire. Et il comporte beaucoup de problèmes. D’abord, d’après nos estimations, les montants que la Grande-Bretagne devrait récolter grâce à l’accord sont totalement surestimés. Ensuite, nous avons demandé l’avis d’avocats fiscalistes, qui ont vu tellement de failles dans l’accord que l’impôt peut facilement être évité. En outre, il est étrange d’imaginer que les banques deviennent des collecteurs d’impôts pour un pays et en même temps abrite des criminels de ce pays. C’est néfaste pour la souveraineté d’un Etat.

Quelle est la solution?

Il faudrait que l’échange automatique d’informations soit adopté par tous les pays. Fatca, la loi américaine, a aussi une composante extraterritoriale gênante, mais cela concerne des citoyens américains. Nous préférons bien sûr une approche multilatérale.