Quo vadis Britannia? Depuis que le scandale des écoutes téléphoniques pratiquées par le tabloïd New of the World a éclaté, le Royaume-Uni est confronté à un torrent en furie qui emporte tout sur son passage. Et qui montre à quel point nos démocraties sont parfois fragiles. En un peu plus d’une semaine, le magnat australo-américain de la presse, Rupert Murdoch, a dû se résigner à fermer le tabloïd, qui dégageait pourtant de juteux bénéfices, à retirer son offre de rachat du bouquet satellitaire BSkyB, et à sacrifier la directrice de la branche britannique de son groupe, Rebekah Brooks, ainsi que son proche conseiller Les Hinton. Il a enfin dû se résoudre à comparaître mardi devant une commission de la Chambre des communes. Même Scotland Yard est dans la tourmente, deux de ses hauts responsables venant de démissionner.

A la fragilité de la démocratie s’ajoute désormais celle de l’empire médiatique de Murdoch, qui détient 40% de la presse britannique et qui s’est cru suffisamment puissant pour instiller jusqu’à la peur voire l’intimidation. Ce sentiment d’hyperpuissance a été rendu possible par un pouvoir politique faible, mélangeant intérêts publics et privés. Difficile de savoir si, comme l’avance le chef de l’opposition Ed Milliband, le scandale va changer la psyché du pays. Mais il va sans doute permettre une profonde catharsis.

A l’heure où le vice-premier ministre Nick Clegg exprime, en plein scandale, ses craintes de voir le Royaume-Uni sombrer dans une nouvelle crise financière, le «Murdochgate» frappe le pays au pire moment. Des apôtres du déclinisme voient déjà la Grande-Bretagne abandonner son statut d’acteur mondial pour se contenter d’un rôle de puissance régionale. De plus, trois de ses institutions sont touchées en plein cœur: la presse, le pouvoir politique et la police. La crédibilité de la démocratie britannique tiendra dès lors à sa capacité de nettoyer les écuries d’Augias. A commencer par la presse dont la fonction de contrôle indispensable des institutions n’est possible que si les règles éthiques sont respectées et à condition que la liberté de la presse ne soit pas muselée par des politiques revanchards et opportunistes. Mais pour s’affranchir du passé, certains journalistes du groupe Murdoch devront réaliser que ce n’est pas en sapant les institutions démocratiques que la presse prospère.

Le pouvoir politique devra, lui, revenir à l’essentiel, la politique. Et Scotland Yard, symbole du sérieux et du professionnalisme britannique, a besoin d’une profonde introspection. Une police corrompue est la première étape vers une déliquescence de l’Etat de droit.ö Page 3