Editorial

L’écho de Barack Obama en Suisse

Sans le vouloir, Barack Obama vient sans doute de donner un coup de pouce inespéré aux internautes suisses. Dans sa brève intervention vidéo d’une minute 56 secondes, lundi passé, le président américain a plaidé de manière très ferme pour la neutralité d’Internet. Barack Obama avertit les fournisseurs d’accès aux Etats-Unis: si vous filtrez des services tiers, si vous exigez une taxe pour faire transiter des flux de données ou si vous les bloquez, vous tuerez le Web. Les start-up seront incapables de toucher des internautes dont la liberté sera entravée par des fournisseurs d’accès ne pensant égoïstement qu’à leurs propres intérêts.

En Suisse, rien de tout cela. Non seulement le Conseil fédéral n’a pour l’heure édicté aucune limite, mais en plus son organe de contrôle, l’Office fédéral de la communication, a été pris de vitesse par les fournisseurs d’accès. Ce sont eux qui viennent de fixer leurs propres règles de manière unilatérale. Et en les lisant attentivement, l’on constate que Swisscom et ses concurrents peuvent se donner quelques libertés.

Certes, aucun fournisseur suisse d’accès à Internet n’a été pris en flagrant délit. Même si les associations de défense des internautes ont émis des doutes sur certaines pratiques, aucun opérateur ne semble pour l’heure avoir franchi la ligne rouge. Mais certains de leurs arguments laissent sceptique. Selon eux, si un fournisseur d’accès filtrait Internet, ses clients migreraient très vite vers ses concurrents. Et l’opérateur serait ostracisé. Mais c’est irrecevable: prouver, du point de vue de l’internaute, que le principe de neutralité a été violé est très difficile. Et même si tel devait être le cas, on voit mal des clients de Swisscom – si cela devait être lui, par exemple – le quitter en masse.

D’où l’importance d’un signal fort venant de l’exécutif politique. La neutralité d’Internet est trop importante pour laisser les seuls opérateurs édicter les règles. A l’image de Barack Obama, le Conseil fédéral devra se positionner rapidement dans ce dossier potentiellement explosif.