Les distributeurs japonais avaient fait le plein mercredi pour la sortie, en première mondiale dans l'Archipel, de la nouvelle console de poche de Nintendo, la «Game Boy Advance». Comme prévu, ce fut la ruée. Las, beaucoup d'accros devront prendre leur mal en patience: 1,1 million d'unités ont été mises en vente alors que, selon le fabricant, 2,7 millions de commandes auraient été enregistrées. L'objectif avoué est d'atteindre 25 millions d'exemplaires vendus d'ici à mars 2002. En comparaison, le deuxième fabricant nippon de consoles de poche, Bandai, vient juste de crever le million avec «Wonderswan Color», lancée au Japon en décembre, alors que depuis le début de leur commercialisation en 1990, 100 millions de consoles portables Nintendo ont été vendues dans le monde.

Dotée d'un écran plus large de 50%, capable d'afficher des millions de couleurs, et d'un processeur quatre fois plus rapide que ses aînées soit l'équivalent d'une PlayStation 1, la «Game Boy Advance» – elle sortira en juin en Europe et aux États-Unis – semble assurée de faire un tabac. «La Game Boy est la seule console à pouvoir prétendre à un marché universel, explique Eiji Maeda, analyste bancaire spécialisée dans l'industrie des jeux. La PlayStation 2 de Sony, la Dreamcast de Sega (dont la production cessera à fin mars, ndlr) ou, demain, la Xbox de Microsoft sont des produits de luxe, exportables vers les pays riches, dotés de téléviseurs, d'électricité et de bonnes connexions Internet. Nintendo ne connaît pas ce genre de frontière. La seule condition requise est de posséder une batterie de piles.» Pour la marque, l'avenir des jeux vidéo se résume à la formule «simple, drôle et pas cher», en contraste avec la débauche de réalisme et les sommes exorbitantes mobilisées par ses concurrents.

La principale nouveauté ludique de la «Game Boy Advance», qui pourra être reliée à Internet ou à un téléphone portable, est sa convivialité. Il sera en effet possible de connecter ensemble jusqu'à quatre consoles. Le catalogue de jeux va s'étoffer de vingt-cinq nouveaux titres, dont Napoléon, un jeu de stratégie présenté comme le «bijou» de la nouvelle gamme. En revanche, une quinzaine de jeux opérationnels sur les anciennes consoles ne le seront plus. Vendue au Japon 135 francs, la «Game Boy Advance» sera aussi compatible avec la future «Game Cube», la console plus sophistiquée que Nintendo prévoit de lancer cet été au Japon pour concurrencer la PS2 de Sony. La firme nippone travaille en outre, avec le fabricant d'appareils photo Olympus, sur une carte numérique capable de stocker des jeux et de les transférer de son ordinateur vers sa console ou, à terme, son téléphone portable de troisième génération. Confiants, les dirigeants de Nintendo ont annoncé que leurs bénéfices au 31 mars prochain devraient excéder 1,2 milliard de francs suisses.