Les productions télévisuelles regroupées sous le label «Idée Suisse» sont censées nous rapprocher de notre prochain, entre autres des Suisses alémaniques. Hier soir, j'attendais avec plaisir de découvrir l'un d'eux, l'écrivain Urs Widmer que présentait l'émission Littératour de Suisse sur TSR 2. Mais oui, vous savez, Urs Widmer, l'auteur de Top Dogs, pièce de théâtre qui a fait un tabac à Lausanne comme dans le vaste monde. Dans ce portrait pourtant fort bien mis en images, le Zurichois m'est apparu tristement conforme à un certain type d'écrivain alémanique. Celui qui dit projeter sa vision bien au-delà des clichés sur la Suisse et qui n'en ressasse pas moins un nombre sidérant d'idées reçues et dépassées sur ce pays.

La Suisse d'Urs Widmer, telle qu'elle apparaissait hier soir, est évidemment «île», «bunker» et «hérisson». Ses habitants ont tous un paysan dans le sang, la ville leur est étrangère, et ils s'y sentent mal. Ils regardent le monde de loin avec une ironie douloureuse, enviant ceux qui vivent davantage immergés dans la vraie et grande histoire. Ses écrivains possèdent «un sens aigu de

la dévalorisation», mais, attention, ils deviennent de plus en plus conscients de leur valeur. Hourrah!…. Hourrah? J'avoue n'avoir pas vraiment compris l'étincelle victorieuse qui brillait dans l'œil d'Urs Widmer alors qu'il prononçait cette phrase… Comme si la satisfaction suprême d'un écrivain suisse se résumait à ça: oser avoir conscience de sa valeur.