James Bond sera-t-il noir? roux? femme?

Pour sa survie, l’espion polygame doit épouser l’époque

Il a eu les cheveux noirs, un début de calvitie, une mini-moumoute; les yeux bruns, gris et bleus. Il a été longiligne, râblé, velu, imberbe. Au cinéma, James Bond a déjà connu plusieurs avatars. Aujourd’hui, il apparaît un peu comme un vestige du monde d’hier. Alors, osons la nouveauté. Et si le prochain James Bond était noir? C’est l’idée de Sony Pictures, révélée aux médias en décembre dernier par des hackers qui avaient piraté les e-mails de la firme. Le nom d’Idris Elba a été avancé.

Depuis la fuite, la twittosphère s’écharpe. Difficile d’aborder le sujet sans déclencher des vagues d’indignations. On s’y accuse de racisme à tire-larigot. Mardi, Anthony Horowitz, l’auteur du prochain tome dédié aux aventures de 007, a dû s’excuser publiquement d’avoir dit qu’Idris Elba était trop «street» (rugueux, ordinaire) pour le rôle. Il était pourtant acquis à l’idée d’un Bond noir.

En mars, c’est Roger Moore qui se faisait houspiller parce qu’il déclarait que James ne pouvait être qu’«Anglais-Anglais». Avant lui, l’animateur américain Rush Limbaugh s’est fait démolir par les réseaux sociaux quand, scandalisé, il a dit: «C’est comme si George Clooney incarnait Obama!» Sauf que James Bond n’a jamais existé.

Le pendant mâle de Barbie

Justement, jusqu’où peut-on aller dans l’évolution d’un personnage? Quand Ian Fleming le met au monde en 1952, on sait peu de choses sur James Bond, sinon qu’il est Ecossais par son père et Suisse par sa mère. A la mort de Fleming, en 1964, plusieurs auteurs se succèdent pour continuer les aventures de l’espion, et chacun lui a apporté sa note personnelle. Sans oublier que si l’agent de Sa Majesté ne vieillit pas, il évolue en fonction des mœurs et des bouleversements géopolitiques de son temps. James Bond est moins un personnage de fiction qu’une icône, voire une marque de luxe: son Martini et ses smokings sont plus identifiables que son «âme». James, c’est un peu l’équivalent masculin de Barbie: une projection fantasmée de l’époque.

Pierce Brosnan l’a bien compris en disant qu’il le verrait bien gay et noir, retournant ainsi les critères de discrimination longtemps à l’œuvre à Hollywood. D’ailleurs, un autre nom figure en bonne place des bookmakers: Damian Lewis. Pour son charisme? Non, parce qu’il serait le premier Bond roux.

Curieusement, personne n’a encore avancé le nom d’une femme. Et aux dernières nouvelles, Daniel Craig devrait rempiler. Alors, tout ce raffut pour rien? Non. L’affaire a révélé combien la rumeur pouvait être un levier de prospérité: Elba devient «bankable», Daniel Craig fait monter les enchères, Horowitz crée le buzz trois jours avant la publication de son livre et Sony, via les réseaux sociaux, a pu tester la pertinence de son intuition.