Fin 2014, Larry Page, l’un des fondateurs de Google, affirmait que la multinationale se cherchait un nouveau slogan, qui pourrait être «Résoudre un grand nombre des problèmes que nous avons, nous, les humains». En janvier 2015, force est de constater que Google vient d’effectuer un pas de géant dans ce domaine. La société a effectué la semaine passée une mise à jour majeure de son application de traduction, tant pour iOS (iPhone) que pour les smartphones équipés d’Android. Non seulement le service (toujours gratuit) offre un avant-goût futuriste, mais en plus il peut se révéler extrêmement utile.

La première innovation de Google Traduction est l’utilisation faite de l’appareil photo du téléphone. Le capteur est directement utilisé dans le service de traduction sous forme de service de réalité augmentée. Il est ainsi possible de pointer le téléphone vers le menu d’un restaurant écrit dans une langue inconnue, vers un panneau de signalisation, vers un article de journal… Les possibilités sont innombrables.

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L’application offre le choix ­entre deux modes. Le premier ­traduit en direct tous les mots identifiés dans le programme. C’est vraiment impressionnant: l’intelligence artificielle du logiciel est si poussée que quasiment tous les mots sont détectés, alors même que l’on bouge un peu au-dessus du texte. Cela fonctionne aussi pour identifier des mots affichés sur l’écran de son ordinateur. Pas besoin d’être très proche des mots, un panneau de signalisation peut aussi être traduit à distance. Et tout s’effectue en direct: les mots sont traduits instantanément à l’écran et changent parfois de sens en l’espace d’une fraction de seconde.

Google fait encore du mot à mot: le système n’est souvent pas capable de comprendre le contexte et ne peut pas traduire des phrases entières en bon français. Du coup, traduire un article relève de la gageure. Par contre, le système est parfait pour un menu de restaurant, par exemple. Pour l’heure, ce système de traduction en direct n’est disponible que depuis l’anglais, vers le français, ­l’espagnol, l’allemand, l’italien, le russe et le portugais.

Mais le système a l’avantage important de fonctionner même sans connexion à Internet – c’est donc parfait dans un pays anglo-saxon. A noter que l’écriture manuscrite n’est pour l’heure pas reconnue par l’application.

Le fruit d'une politique d'acquisition de start-up 

Cette innovation, Google la doit en grande partie à l’une des dizaines de sociétés rachetées. L’application fonctionne en effet avec le système Word Lens technology, acquis par Google en mai 2014 quand il a racheté la start-up américaine Quest Visual.

En parallèle à ce système de traduction instantanée, Google propose un système de scan du texte. Il suffit de placer son téléphone devant un texte pour que Google analyse tous les mots, là encore de manière individuelle. Le programme est très bon et parvient à détecter quasiment tous les mots. Ensuite, l’application offre le choix entre deux options: soit sélectionner du bout du doigt la partie de texte qui nous intéresse. Soit traduire l’ensemble des mots détectés. Et là, le programme est encore meilleur que lors de la traduction en direct testée précédemment. Il parvient par exemple à traduire, de l’allemand vers le français, des morceaux de phrase en faisant le lien entre plusieurs mots. Bien sûr, ce n’est pas encore parfait et il y a souvent des incohérences, mais le service se révèle tout de même très utile.

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Ce service de traduction par scan nécessite une connexion Internet et permet des traductions dans un nombre quasi illimité de langues, du coréen au laotien, en passant par le yorouba. Il est ensuite possible, d’un clic, de copier les mots traduits pour les envoyer par SMS ou par e-mail, par exemple. L’application conserve toutes les dernières traductions effectuées pour les retrouver facilement.

Dernière innovation majeure, Google tente désormais de devenir un interprète. Il suffit de parler devant le micro, en français par exemple, pour que non seulement le texte s’affiche en français, mais aussi par exemple en coréen. Immédiatement, le texte est lu en coréen par l’application. Ce service, qui requiert lui aussi une connexion à Internet, fonctionne de manière quasi instantanée et avec précision. Il peut ainsi se révéler très utile lors d’une discussion face à face avec une personne dont on ne maîtrise pas la langue.

En ce sens, Google se rapproche de ce que teste Skype depuis plusieurs semaines. La filiale de Microsoft a lancé en décembre dernier un système de traduction en direct, d’abord entre l’anglais et l’espagnol. Le service est encore en phase de développement et il faut s’inscrire pour pouvoir, plus tard, en profiter. Il faut en outre utiliser une machine tournant sous la version 8.1 de Windows. Si Skype devait lancer de manière globale son système automatique, il prendrait ainsi une nouvelle longueur d’avance sur Google.