«ogrish.com», la face la plus sombre du Net

Les exécutions en Irak ont attisé la curiosité macabre des internautes pour les vidéos et photos de ces crimes diffusées sur le Web. Le responsable du site le plus complet, «www.ogrish.com», explique pourquoi il publie un contenu aussi morbide. Pour son avocat, une censure du site constituerait une atteinte à la Constitution américaine

Des portails d'information, des moteurs de recherche et quelques sites perso. Voilà ce que consultent quotidiennement les quelque 725 millions d'internautes. Enfin, presque. Car aujourd'hui, 18,8% du trafic mondial est généré par les sites pornographiques, loin devant les moteurs de recherche (13,8%), selon les chiffres récemment publiés par la société américaine de recherche Hitwise. Et que recherchent les internautes via Google, Yahoo! ou Lycos? Des liens sur la starlette Britney Spears, le candidat John Kerry ou des émissions de télévision. Mais pas seulement. Un coup d'œil sur plusieurs statistiques révèle qu'une grande partie des internautes s'intéresse au morbide en ligne.

En juin, le troisième mot le plus recherché sur Google, après «Euro 2004» et «Harry Potter», fut «Paul Johnson», l'Américain décapité le 18 juin en Arabie Saoudite. Sur Lycos, «Paul Johnson» atteignit même la première place au milieu du mois. En mai, «Nick Berg», pour Nicholas Berg, décapité en Irak le 12 mai, a atteint la deuxième place du classement Google. L'engouement des internautes pour ces deux meurtres fut suscité par les vidéos de ces exécutions, dont des extraits furent diffusés sur plusieurs chaînes de télévision. L'intégralité des vidéos fut presque instantanément mise à disposition sur plusieurs sites web, dont le plus célèbre d'entre eux, www.ogrish.com. Ogrish signifie une créature monstrueuse se nourrissant de chair humaine.

Ce site au contenu en partie gratuit, créé en 1999, est aujourd'hui la référence pour les nombreux internautes à la recherche de «sensations fortes»: vidéos de décapitations, de suicides, d'accidents, d'exécutions, photos d'accidents de la route, d'autopsie, – âmes sensibles s'abstenir –, bref, ce qu'aucun média traditionnel ne montre jamais. Ogrish n'est bien sûr pas le seul à flatter le voyeurisme macabre des internautes, mais c'est apparemment le seul à le faire de façon aussi complète et avec autant de «professionnalisme». Le responsable du site s'appelle Dan Klinker et affirme être Hollandais. Sollicité par Le Temps, il a refusé un entretien par téléphone pour préférer une interview par courrier électronique.

Ogrish revendique une audience colossale: «500 000 visiteurs uniques lors des jours à fort trafic, et normalement entre 100 000 et 200 000 visites», affirme son webmaster. Selon lui, plus de dix personnes actualisent en permanence le site, «et des centaines d'autres recherchent du contenu». «Nous avons établi un réseau vraiment efficace. Je ne veux pas donner de détails, mais je peux dire qu'il a fallu des années pour en arriver là.» Le site a-t-il des liens avec des médias pour se procurer des documents aussi rapidement? «Oui, plusieurs médias nous fournissent du contenu qu'ils ne peuvent diffuser eux-mêmes, mais il ne s'agit que d'une minorité de nos sources. Mais attention, nous n'avons aucun lien avec des organisations illégales et nous condamnons le terrorisme.» Le site ne contient de référence ni à l'islam, ni à aucune religion ou cause. La plupart des dernières vidéos ou images issues du conflit irakien sont liées à des dépêches d'agences publiées sur le site.

«Choquant et légal

Ogrish est géré de façon professionnelle. Des abonnements de 7 ou 35 dollars permettent en effet de visionner ses archives vidéo, «ce qui permet tout juste de couvrir les coûts», affirme le webmaster. Le site tire également une partie de ses revenus de publicités liées à des sites pornographiques.

La motivation des responsables d'Ogrish est claire. «Le premier objectif du site était de choquer les visiteurs. Après l'avoir racheté en 2002, mon but était de créer quelque chose que les médias refusent de montrer, pour offrir aux internautes l'occasion de le voir. Nous avons des critères: ce que nous montrons doit être à la fois choquant et légal.» Pourtant, le FBI, sur demande de la veuve du journaliste américain Daniel Pearl, avait ordonné en 2002 à ce que la vidéo de son exécution au Pakistan soit retirée du site. «Je comprends la réaction des proches de victimes, poursuit Dan Klinker. Mais nous pesons le pour et le contre: le bénéfice de publier de tels documents pour des millions de gens est plus important que la peine [causée aux familles].»

Visite du site déconseillée aux personnes sensibles.

Publicité