Lors de Telecom 99, son lancement avait provoqué l'euphorie. Grâce à la possibilité d'accéder au Net, le Wap (Wireless Application Protocol) allait bouleverser le marché des téléphones portables. Deux ans et demi plus tard, les chiffres ont été revus à la baisse. L'Union internationale des télécommunications prévoyait 100 millions de téléphones munis de cette technologie fin 2000, on n'en est qu'à 50 millions. Swisscom compte 50 000 abonnés qui paient 20 centimes la minute, un chiffre qui se situe «en dessous des attentes fixées en 1999», commente sobrement l'opérateur national.

Malgré cet échec relatif, il existe encore des personnes pour croire à l'avenir de ce système. Parmi elles, un jeune consultant de chez Cambridge Technology Partners: Siddartha Arora, 26 ans, lance demain à Genève (après Londres, Paris, Milan, Zurich, etc.) la première rencontre sur le modèle des First Tuesday autour du Wap. L'acronyme, ici, veut dire «Wireless Around People».

Le Temps: Etes-vous d'accord pour dire que le lancement du Wap a été raté?

Siddartha Arora: Oui. Il y a eu beaucoup d'erreurs. On a promu un mot, une mode et non des services et une technologie. Cette dernière était au point, mais pas les services. Les opérateurs savaient que le transport de la voix ne serait bientôt plus suffisant. Ils ont vu dans le Wap une nouvelle source de revenus. Ils ont pris les devants. Mais les services étaient déplorables. Aujourd'hui, je crois que les opérateurs ont compris qu'ils doivent s'adapter à l'économie du Net qui ne connaît pas de monopole ni d'oligopole. Ils multiplient les alliances avec les fournisseurs de services. Il ne faut pas non plus oublier que le Wap n'est qu'un protocole qui permet de construire efficacement des services utiles et courts. Ou d'exécuter des commandes à distance. Le commerce mobile, par exemple, n'est pas un lèche-vitrines. C'est un achat ponctuel et précis.

– L'iMode japonais, autre technologie d'accès au Net par téléphone portable, est annoncé en Europe pour cet automne. Le protocole Wap peut-il souffrir de cette arrivée?

– Je serais très prudent concernant l'iMode. NTT Docomo a mis au point une technologie qui fonctionne bien mais qui est propriétaire, au contraire du Wap que tout le monde peut exploiter. Tout passe donc par NTT Docomo, notamment les accès au réseau. Et si leurs serveurs crashent, tout est bloqué. Mais, d'un point de vue économique, il est vrai que l'iMode a des avantages. Sa technologie de transmission par paquets offre une grande transparence pour le consommateur qui sait exactement ce qu'il paie. Et puis la transmission par paquets permet un usage plus relaxé. Le tarif du Wap tel qu'il est utilisé aujourd'hui dépend du temps de connexion. On paie pour réfléchir, en quelque sorte. Mais cela va changer avec l'arrivée du GPRS, basé sur la transmission de paquets. Mais l'argent n'est pas l'enjeu principal, il me semble. Il doit exister des services adaptés au Wap. Et ces services doivent apporter une valeur ajoutée, sinon on continuera à utiliser son téléphone de manière traditionnelle.

Wireless Around People, 14 mars, 18 h, TCS/ Gottardo Room, 4, ch. de Blandonnet, Vernier. Cette première rencontre sera consacrée aux services financiers. www.wirelessaroundpeople.com