Rescapé de la tuerie de Zoug de 2001, le conseiller national Josef Lang (Verts/ZG), par ailleurs membre actif du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA), a été l’un des plus fervents défenseurs de l’initiative.

Le Temps: Que vous inspirent les résultats?

Josef Lang : Nous avons perdu pour trois raisons. La première est que la Suisse alémanique est traversée par une vague conservatrice qui mobilise mieux les milieux traditionalistes et ruraux que les milieux progressistes et urbains. Ensuite, les mesures prises depuis le lancement de notre texte, comme le fait que les munitions ne sont plus gardées à la maison ou que les militaires, à la fin de leur service, ne peuvent conserver leur arme qu’en échange d’un permis d’acquisition, nous ont fait perdre des points. Sans ces améliorations, comme aussi la possibilité de déposer le fusil à l’arsenal sur une base volontaire, je pense qu’on aurait pu gagner. Troisième élément en notre défaveur: les moyens financiers. Nous avions 300 000 francs à disposition, les pro-armes dix fois plus, avec près de 3 millions!

– Avez-vous vraiment cru, ne serait-ce qu’une seconde, que l’initiative pouvait passer?

– Au début de la campagne, oui, j’ai cru que nous pouvions obtenir une majorité populaire. J’étais assez confiant. Je ne me suis par contre jamais fait d’illusions concernant les résultats des cantons. Or il fallait la double majorité.

– Vous n’avez pas tout perdu puisque des mesures importantes ont été prises depuis le lancement de l’initiative…

– C’est vrai. Certaines améliorations résultant de la révision de la loi sur les armes sont aussi dues à Schengen. On peut effectivement presque parler de demi-victoire.

– Allez-vous revenir à la charge et repartir au combat?

– Trois revendications de notre initiative ont à peine été combattues: la création d’un registre national, l’interdiction de certaines armes particulièrement dangereuses comme les «pump action» (fusils à pompe) et la collecte des armes à feu inutilisées. Nous allons faire en sorte que ces points non contestés soient appliqués. La Confédération doit mener une campagne nationale pour récolter les armes inutilisées. Quelques cantons l’ont déjà fait, mais cela ne suffit pas. Il y a beaucoup de veuves qui conservent les armes de leur mari, alors qu’elles ne leur sont d’aucune utilité.

– Ne pensez-vous pas avoir commis une erreur en mettant trop de revendications dans votre initiative? N’aurait-il pas fallu se concentrer sur le fusil d’assaut à l’arsenal?

– Non, je ne pense pas. Si nous nous étions concentrés sur le fusil d’assaut, on aurait peut-être dû retirer notre initiative une fois que la décision de ne plus conserver les munitions à la maison a été prise.

– Mais là, du coup, vous avez non seulement braqué ProTell et les militaires, mais aussi les chasseurs, les tireurs sportifs…

– C’est vrai. Mais une initiative au contenu trop maigre aurait été inutile. Là au moins, nous avons pu faire avancer les choses.

– Selon le président de l’UDC, Toni Brunner, «le citoyen libre a gagné». Que lui répondez-vous?

– Qu’il a une conception de la liberté traditionaliste et masculine. Lier la possession d’une arme à la liberté relève d’une vision très machiste! Voilà pourquoi les femmes ont obtenu le droit de vote si tardivement dans notre pays.

– Certains défenseurs des armes ont mené une campagne agressive. Avez-vous reçu des menaces?

– Oui. Une vingtaine. Certaines me demandaient de quitter le pays, d’autres étaient plus concrètes, à prendre au sérieux. J’ai par exemple reçu une lettre disant qu’on allait me verser de l’acide sur le visage pour me défigurer. Mais je n’ai pas fait appel à la police.