Le point final administré sur les eaux de Valence, c’est «la douce revanche de Coutts» estime le New Zealand Herald, qui n’a pas oublié les vieux différends entre le natif de Wellington et Ernesto Bertarelli. Un conflit qui avait contraint le skipper néo-zélandais de faire l’impasse sur la compétition en 2007. Dans un élan patriotique, le journal rappelle du coup l’interminable palmarès de l’enfant du pays. «A 47 ans, Russell Coutts avait déjà gagné le plus ancien et prestigieux trophée en 1995, 2000 et 2003.» Il égale aujourd’hui «le record établi par l’Américain Dennis Conner qui a gagné la Coupe en 1974, 1980, 1987 et 1988». Qu’il fût CEO et non à la barre cette fois-ci n’ôte évidemment rien à la fierté d’une nation.

Pour la Gazzetta dello Sport, au terme de ce «match que jamais les passionnés de voile ne viendront à oublier», avec «son» trimaran, Russell Coutts prend non seulement une «grande revanche personnelle» mais «humilie» pour ainsi dire son ancien employeur, auquel le quotidien sportif espagnol Marca donne une ultime occasion de soigner son orgueil. Le grand perdant du jour y félicite humblement l’équipe d’Oracle. Il salue sa «bonne stratégie», qui a permis au bateau d’être «le plus rapide», sans omettre de rappeler que le team Oracle a aussi bénéficié de… «l’aide des tribunaux de New York».

A l’autre bout de la planète, la victoire d’Oracle rend euphorique une autre nation, les Etats-Unis, jusqu’à doper la fibre poétique de ses journalistes sportifs. «Le jour de la Saint-Valentin, à Valence, alors que le soleil se couchait derrière la brume hivernale sur la Méditerranée, [il] se couchait aussi sur le règne, long de deux ans, de la Société nautique de Genève. Les Etats-Unis ont résolument gagné sur l’eau», savoure Examiner.com, répondant à Ernesto Bertarelli à qui le site reproche, entre les lignes, d’avoir si souvent répété au Golden Gate Yacht Club (club d’Oracle) durant leur mêlée aux excès de juridisme que la seule chose qui comptait pour lui était de finalement «gagner sur l’eau».

Dans le San Francisco Chronicle , l’autre grand vainqueur du jour, le milliardaire Larry Ellisson, patron d’Oracle «incroyablement fier de ramener la Coupe aux Etats-Unis après une longue absence (1995)», s’interroge déjà sur le prochain lieu des festivités – ou faut-il dire des hostilités? La baie de San Francisco? Larry Ellisson n’a «pas encore parlé aux autorités». Or, il faudra leur «totale adhésion». Valence, Auckland, déjà «parfaitement aménagées pour recevoir les syndicats»? Ou encore Newport (Rhodes Island), où l’homme d’affaires a récemment acquis une résidence mais qui est aussi au bénéfice d’une longue tradition de compétitions nautiques?

Une question que, de retour au pays, on fait évidemment tout pour éluder. L’heure d’une profonde remise en question a sonné, estime Le Matin pour qui Alinghi est une parfaite «allégorie de [cette] Suisse» aux réflexes d’«insolence» de «mépris des autres» et de «crânerie exagérée». «Le Défi marche sur les pas de cette Suisse qu’il symbolise. Conquérante et respectée dans le ballet des nations hier, loser et rossée sur la scène internationale aujourd’hui.» Le quotidien regrette que les «bonnets de nuit qui louangeaient Ernesto Bertarelli aux aurores et qui désormais, le crépuscule observant le mythe s’assoupir, retournent leur veste pour mieux le chambrer».

On pourrait ergoter encore sur les justifications techniques de la débâcle, «catamaran contre trimaran», «voile traditionnelle contre voile rigide». 24 Heures , préfère inviter le patriote à noyer son chagrin dans l’euphorie en puissance que lui offrent, déjà, les JO. «Alors qu’Ernesto Bertarelli et ses hommes vont rentrer la tête basse on se dit – avec toute la mauvaise foi dont on peut faire preuve en pareille circonstance – qu’il faut aller chercher ailleurs les représentants de notre suissitude. Simon Amman et Didier Cuche ne sont-ils pas des icônes bien plus authentiques de la bravoure et de l’humilité nationale?»