Editorial

Ordonnance illisible

Près de 400 médecins suisses ont décidé de rejoindre un comité en faveur de l’initiative pour une caisse publique. Avec des arguments facilement compréhensibles pour les citoyens, appelés à voter le 28 septembre.

Il y a d’abord la bureaucratie engendrée par un système composé de 61 caisses maladie proposant 300 000 primes différentes. Une étude montre qu’en milieu hospitalier, les blouses blanches y consacrent autant de temps qu’aux soins, soit 264 minutes par jour. Plus inquiétant encore pour les patients, les incertitudes liées à la prise en charge ou non d’un traitement, ou encore le manque d’empressement à accepter des assurés comportant trop de risques. Tendance que les médecins déplorent également, estimant que le principe de solidarité qui prévalait naguère est aujourd’hui menacé. Sans parler de toutes les failles constatées ces dernières années, comme les primes payées en trop dans certains cantons.

La liste des doléances des médecins n’est pas incongrue. Sauf que, si c’était vraiment grave, Docteur, ce ne sont pas 400 médecins qui rejoindraient le comité pour le oui, mais la majorité du corps médical. Or, ce n’est pas le cas. La Fédération des médecins suisses, la FMH, laisse la liberté de vote à ses membres. Pareil pour l’association Médecins de famille Suisse.

On peut donc regarder l’engagement de 400 médecins comme un verre à moitié vide ou à moitié plein. C’est-à-dire relever que, dans une profession par tradition libérale, des centaines de personnes l’exerçant sont prêtes à faire le grand saut vers l’étatisation du système d’assurance maladie. Ou alors se dire qu’une caisse publique n’est pas encore le meilleur remède, dès lors qu’une majorité de blouses blanches refusent de le prescrire. 400 médecins: le nombre est loin d’être négligeable. Mais la FMH compte 38 000 membres.

La campagne ne fait que commencer. Et autant les comités en faveur de l’initiative que ceux opposés vont pouvoir utiliser les arguments des médecins à leur convenance. Avec le risque de rendre l’intervention du corps médical aussi illisible que l’écriture du docteur sur une ordonnance.