vie numérique

Ôter mes photos d’ado barjos

La Californie vient de rendre obligatoire l’adjonction d'un bouton «Erase» destiné aux ados sur les sites et réseaux sociaux. Crédible?

Ado, mon ami. En anglais on appelle cela les squelettes numériques (digital skeletons): l’ensemble des photos, messages ou autres contenus que tu as laissé traîner sur le web, et qui, vraiment, ne donnent pas la meilleure image de toi. Le soir où pour Facebook tu as posé les fesses à l’air, après les résultats, trop arrosés, du concours. La scène de plage où sur Vine tu danses et tout d’un coup enlèves le haut. Le tweet rageur, insultant et vulgaire, reconnais-le, que tu as dégainé quand Lausanne s’est lamentablement vautrée dans un match qu’elle devait absolument gagner.

Parce que toute ta vie ne ne doit pas dépendre de ces messages d’ado, alors que, tu le sais, les employeurs comme les universités vont systématiquement faire des recherches sur toi avant de prendre une décision, la Californie a pensé à toi. Ou plutôt, à tes frères les teenagers de là-bas. Oui, l’Etat vient de rendre obligatoire pour tous les sites, applications et réseaux sociaux l’adjonction d’un bouton Erase, qui leur permettra aussi facilement que tu Like quelque chose sur Facebook, de détuire une photo ou un message compromettant, inutilement provocateur, ou que tout simplement ils souhaitent retirer. Tous les sites devront respecter cette règle pour les mineurs californiens d’ici 2015, selon le tout nouveau Eraser bill: il ne te reste plus qu'à déménager.

Sauf que. Tu n’es pas naïf. Les problèmes et incertitudes restent nombreux. Et lis plutôt, avant de te sentir en sécurité.

1- La loi est réservée aux ados résidant en Californie- et je ne suis pas très sûre de la façon dont ils pourront prouver que la loi s’applique à eux. Une famille américaine déménageant en moyenne tous les 5 ans, un ado pourrait bien voir ses droits changer du tout au tout selon qu’il habite en deça ou au delà de la frontière...

2- La loi ne concerne que les publications faites par un ado, non les publications faites par un tiers qui mentionneraient l’ado. Hum, c’est pourtant un cas de figure très embêtant, non?

3- La loi ne concerne que les mineurs. Une fois 17 ans révolus, fini, le eraser button. Même si c’est pourtant en vieillissant qu’on peut se rendre compte de la nocivité de certaines publications...

4- Le texte n’oblige pas les éditeurs à supprimer un contenu , mais à le retirer de la circulation publique. Autrement dit, les documents litigieux resteront sur un serveur «dormant», théoriquement inaccessible, mais comme les squelettes dans les placards, toujours prêts à refaire une apparition...

4- En admettant que tout le reste marche, il reste une difficulté, la principale: les photos, messages et autres vidéos compromettantes ont évidemment pu être téléchargés et republiés à l’infini avant d’être retirés. Ils vivent leur vie, on sait bien qu’Internet n’oublie jamais rien. Et là, malheureusement, il n’y a pas grand chose à faire.

Toi aussi, tu trouves que ça fait beaucoup de limites à une loi qui se veut révolutionnaire? Allez, console-toi en songeant que les plus grands réseaux sociaux comme FB ou Twitter ont déjà mis en place cette fonction d’Eraser. Et dis-toi que la Californie fait oeuvre de pionnière. Un Etat qui héberge la Silicon Valley, Google et les autres ne peut pas complètement se tromper...

PS

Ado, ou pas: n’oublie pas l’irremplaçable http://justdelete.me/...

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