Toi qui entre ici, laisse tous tes souvenirs d’Alighieri... De fait, la relecture en mode jeu d’action du monument du Florentin par le studio Visceral Games prend des libertés stratosphériques avec les 34 chants de « L’Enfer »: le compagnon apeuré de Virgile est devenu une sorte de Croisé musculeux armé d’une faux, l’intangible Béatrice ressemble désormais à une bimbo blonde qui se balade le plus souvent les seins à l’air, et la « selva oscura » s’est faite terrain de jeu... On attend avec impatience qu’Electronic Arts (éditeur de « Dante’s Inferno ») publie une version « beat’em all » de « La Recherche » où on verra Marcel balancer des tatanes à Albertine avec son canon à madeleines avant de se coltiner un boss de fin de niveau nommé Sainte-Beuve...

On l’aura compris, le puriste pousse un soupir. Mais il se dit aussi que la liberté d’adaptation est un droit de l’homme et qu’un jeu plus fidèle au texte, où par hypothèse l’allégorèse pré-humaniste remplacerait le coup d’épée, n’eût rencontré qu’un succès mitigé chez les gamers. La question est: a-t-on là un bon jeu? Malheureusement, pas vraiment. « Dante’s Inferno » reprend presque trait pour trait le gameplay de la série « God of War » (un grand jeu, lui, qui contait les aventures mythologiques du spartiate Kratos), mais avec un sérieux manque d’originalité et de nervosité... Les épreuves de franchissement succèdent aux combats contre damnés et démons sur les rives de l’Achéron pour se terminer face à un monstre patibulaire et ainsi de suite. On mettra toutefois au crédit de « Dante’s Inferno » certains décors d’un baroque sanguin plutôt réussi et une gestion des pouvoirs basé sur un amusant jeu de rédemption: selon que vous sauverez ou damnerez telle ou telle pauvre âme, vos compétences évolueront différemment. L’auteur de ces lignes en a profité pour vouer Ponce Pilate aux gémonies et sortir Orphée de ses tourments. Un jeu pas désagréable, mais un peu vain tout de même.

Note: 2,5 sur 5