«Il leur faut du travail»

Il a vu l’initiative de Léonard Gianadda, il s’est senti appelé. Patrick Delarive, patron du groupe éponyme, actif dans la gestion de fortune, l’immobilier et le show-biz, a aussitôt écrit ceci sur le réseau social Facebook: «Est-ce que quelqu’un sait à qui s’adresser dans le canton de Vaud pour venir en aide à des réfugiés syriens pour logements et/ou travail?» Un post altruiste qui a fait un flop. Cinq mentions «j’aime», quand le moindre com­mentaire léger lui en vaut une centaine.

Cette fois pourtant, l’homme n’avait rien à vendre mais beaucoup à offrir. «Je possède quelques appartements inoccupés. Je suis prêt à les mettre à disposition de réfugiés syriens gratuitement», dit-il. Une générosité que l’entrepreneur a voulu pousser plus loin. Touché par un reportage relatant le sort d’un couple syrien réduit à ramasser des abricots en Valais malgré leurs métiers de graphiste et de joaillier, il décide d’embaucher des réfugiés. «Cette communauté compte des gens très bien formés, et qui ont faim. Contrairement aux Suisses qui font la gueule le lundi matin en attendant le vendredi. Le meilleur service que la société puisse rendre à ces gens qui ont dû tout abandonner, c’est du travail.»

«Aucune vue d’ensemble»

Mais entre l’intention d’un patron hyperactif et la réalisation de son projet, il y a l’Etat. «Inefficace!», le qualifie-t-il après quelques coups de fil. Si l’Etablissement­ vaudois d’accueil des migrants (EVAM) a réservé un accueil chaleureux à ses propositions, «il m’a demandé les profils détaillés que je recherche, puis conseillé d’appeler quatre partenaires institutionnels comme l’Office régional de placement ou l’Entraide pro­testante suisse. C’est aberrant qu’il n’y ait aucun office avec une vue d’ensemble! C’est un gâchis.» Réponse d’Erich Dürst, directeur de l’EVAM: «Nous n’avons pas à disposition des gens qui répondent aux profils demandés. Car ceux dont on s’occupe apprennent le français. Raison pour laquelle nous avons suggéré à Patrick Delarive de s’adresser à d’autres acteurs qui suivent des réfugiés maîtrisant déjà la langue.» L’offre d’hébergement pourrait donc aboutir plus vite que les embauches. A moins que des Syriens avec compétences dans le graphisme, le domaine télévisuel et l’assistance de direction ne découvrent ces lignes .