«Après quatre années et demies intenses et formidables comme directeur général de Groupon, j’ai décidé que j’aimerais passer plus de temps avec ma famille. Je plaisante: j’ai été viré aujourd’hui», a écrit Andrew Mason, le patron et cofondateur de l’entreprise phare des bons plans sur Internet, dans une lettre pleine d’autodérision aux salariés du groupe.

Il l’a aussi publiée sur son compte Twitter «parce qu’elle fuitera de toute façon». Son «charmant» message, comme titre le Business Insider , attire la sympathie. «Shine on you crazy diamond» («Continue à briller, diamant fou»), lui répond dans un tweet Alexia Tsotsis, rédactrice en chef adjointe à TechCrunch, citant la chanson homonyme de Pink Floyd. D’autres utilisateurs du réseau social lui témoignent leur estime tandis que des journalistes lui demandent des interviews.

Groupon a annoncé de manière plus diplomatique dans un communiqué un «changement de direction» et le remplacement «avec effet immédiat» d’Andrew Mason par le président exécutif de son conseil d’administration, Eric Lefkofsky, et le vice-président, Ted Leonsis.

«Si vous vous demandez pourquoi… Vous n’avez pas fait attention», poursuit l’ex-directeur dans sa lettre. «Les événements de la dernière année et demie parlent d’eux-mêmes.» Andrew Mason n’aura finalement pas résisté à de nouveaux mauvais résultats et à une énième séance boursière noire jeudi, qui a vu l’action plonger de 24%.

Groupon avait lancé, début novembre 2011, la plus grosse introduction en bourse pour une société internet depuis celle du géant Google, six mois avant celle du réseau social Facebook. L’action, entrée sur la bourse électronique Nasdaq à 20 dollars, a perdu depuis plus des trois quarts de sa valeur. Le groupe, qui avait selon la presse refusé fin 2010 de se faire racheter par Google pour 5 à 6 milliards de dollars, a actuellement une valorisation boursière de moins de 3 milliards.

Groupon a certes connu une forte croissance depuis sa création en 2008, avec plus de 200 millions de membres qui reçoivent chaque jour ses offres d’achats groupés à tarifs réduits. Mais le marché s’interroge sur les limites de son modèle d’activité, que semble confirmer l’accumulation de résultats décevants ces derniers trimestres. Le groupe a annoncé mercredi soir une perte nette de 67 millions de dollars (62,3 millions de francs) pour l’année 2012. Il a prévenu que la croissance de son chiffre d’affaires allait ralentir avec une prévision très en dessous des attentes des analystes pour le trimestre en cours.

Pendant que le conseil d’administration de Groupon lui cherche un successeur, Andrew Mason dit vouloir «prendre du temps pour décompresser». «Pour info, je cherche un bon camp d’amaigrissement, si quelqu’un a une suggestion», écrit-il dans son message. «OK, c’est bon pour les suggestions de camp d’amaigrissement. Vous pouvez arrêter. Merci», a-t-il encore écrit jeudi sur Twitter, quelques minutes après avoir annoncé sa révocation.