revue de presse

Pedrazzini en last minute: l’appel à l’aide?

La candidature du conseiller d’Etat PDC tessinois Luigi Pedrazzini à la succession de Pascal Couchepin au Conseil fédéral sonne comme un avertissement. Car la cause de la Suisse italienne semble pour l’heure perdue, selon les journaux alémaniques et tessinois

La presse tessinoise avait fait ses grands titres, samedi, à propos de la décision du groupe parlementaire du PLR de ne pas présenter la candidature de Fulvio Pelli à la succession de Pascal Couchepin au Conseil fédéral: «Une gifle au Tessin» pour le Giornale del popolo; «un coup de théâtre» pour laRegioneTicino.

Et aujourd’hui, alors que le conseiller d’Etat PDC Luigi Pedrazzini se lance? La même Regione écrit que Fulvio Pelli une fois «out», «alors qu’il aurait pu valoriser une minorité linguistique et culturelle», la disponibilité de Luigi Pedrazzini n’est sans doute pas la meilleure occasion du PDC tessinois: «Ce n’est pas un geste juste que de lui faire porter les couleurs cantonales dans la bataille, parce que le PDC ne veut qu’un seul candidat et que ce sera évidemment le sénateur fribourgeois» Urs Schwaller.

Reste que pour le Corriere del Ticino, cette candidature «est la dernière chance pour la Suisse italienne d’accéder au Conseil fédéral». C’est «un signal» d’outre-Gothard, mais la «probabilité que le PDC suisse adoube un Tessinois est objectivement limitée». Et ce, même si le président de la formation, Christophe Darbellay, juge la revendication «légitime»: il faudra de toute manière «choisir un candidat susceptible de trouver le meilleur consensus au sein de l’Assemblée fédérale» le 16 septembre prochain, dit-il. Tout en évaluant qu’avec le ticket PLR Burkhalter-Lüscher, «les chances du PDC de reconquérir un siège sont de 50%».

Pour le Giornale del popolo, le groupe démocrate-chrétien des Chambres – «toujours si prompt à défendre une vision fédéraliste de notre pays» – ne devrait pas être insensible à cette candidature tessinoise. Car Luigi Pedrazzini «a ses chances», selon le politologue Iwan Rickenbacher, qui s’est largement exprimé hier dans les médias alémaniques. Dans la Basler Zeitung, il affirme que le Tessinois «a un bon réseau dans les cantons», tout en reconnaissant sa principale faiblesse: il est «inconnu au Palais fédéral». «Comme Pascal Broulis», ajoute le quotidien rhénan… Et Rickenbacher d’avertir: «Si ça ne marche pas cette fois, la pression sera plus grande lors de la prochaine vacance.» Mais pour l’instant, écrit le Blick, à Pedrazzini de «porter haut les couleurs du Tessin».

«Il y a presque dix ans que le dernier conseiller fédéral tessinois, Flavio Cotti, s’est retiré», rappelle pour sa part la Südostschweiz. Ainsi, la sortie du bois de Luigi Pedrazzini est «compréhensible», même si «Fulvio Pelli eût été le meilleur candidat». «Reste donc à espérer que le jour de l’élection» – pour autant que le siège de Pascal Couchepin échappe au PLR – «les représentants de la Suisse latine avaleront cette couleuvre: avec un Fribourgeois germanophone, ce ne sera même pas un Romand qui aura été élu.» De quoi interpréter «cette annonce last minute» comme «un appel à l’aide de plus» de la Suisse italienne? se demande le Bund.

«Il faut prendre les Tessinois au sérieux!» clame de son côté le Tages-Anzeiger: «Les Alémaniques et les Romands n’ont pas voulu le faire.» Et «les Tessinois ont dû constater une fois de plus que le discours welsche sur la minorité latine ne sert que la Suisse romande»: «Patrizia Pesenti l’avait appris à ses dépens lors de la succession de Ruth Dreifuss.» Mais pour le quotidien zurichois, «le PDC veut récupérer son deuxième siège et croit qu’il ne pourra le faire qu’avec Urs Schwaller. Il n’y a pas de place pour les autres considérations politiques.»

Enfin, la Neue Zürcher Zeitung relègue cette candidature à la page 15: «La provocation tessinoise», écrit-elle, en reprenant les mots du conseiller d’Etat tessinois… En rappelant que le quotidien populiste de la Lega tessinoise, Il Mattino, «s’est exprimé clairement dimanche»: «Si le Tessin devait une fois de plus être exclu du Conseil fédéral, le canton méridional devrait avoir un statut spécial. […] Si nous voulons nous faire respecter, nous devons utiliser les mêmes armes que l’ETA!!!» Avec trois points d’exclamation, donc. Punto e basta.

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