Pékin défend son action sur le yuan

Changes La monnaie chinoise chute depuistrois jours

Les autorités assurent ne pas vouloir de guerredes monnaies

La baisse va doper les exportations d’une économieen ralentissement

Economie en ralentissement, bulle boursière qui explose et, cette semaine, monnaie qui chute. Depuis le début de l’année, la Chine cumule les problèmes, qui semblent s’accélérer cet été.

Jeudi, pour le troisième jour consécutif, la devise chinoise a perdu du terrain, accumulant une chute historique de près de 4% face au dollar. Du jamais vu depuis deux décennies, déboussolant les places financières mondiales, incapables de décrypter les motivations et les intentions de Pékin et craignant un dérapage incontrôlé.

Mardi, la banque centrale de Chine (PBOC) avait présenté comme «exceptionnelle» sa première baisse du niveau autour duquel la «monnaie du peuple» (renminbi) est autorisée à fluctuer dans une bande de 2%. Avant de s’y reprendre à deux fois. De quoi entamer sa crédibilité aux yeux des investisseurs, d’abord pour des raisons de communication. «L’annonce a été mal gérée. La banque centrale n’a aucune expérience de communication avec les marchés. En Chine, les autorités ne savent communiquer qu’avec un mégaphone de propagande», explique Arthur Kroeber, expert au Brooking-Tsinghua Center, à Pékin.

Sous pression, le vice-gouverneur de la PBOC, Yi Gang, est monté au créneau jeudi pour tenter de calmer les esprits et donner une première explication de la mesure, lors d’une rare conférence de presse. Pour les autorités, la Chine ne fait rien d’autre qu’avancer dans le processus d’internationalisation du yuan. Avec ces annonces, l’ajustement de la monnaie à la valeur du marché est «pratiquement achevé», a juré le numéro deux de l’institution, alors que la Chine est soupçonnée de maintenir sa monnaie artificiellement bas pour doper les exportations. Le sujet est une pierre d’achoppement depuis des années, avec les Etats-Unis en particulier.

Pourtant, pour les autorités, la dévaluation est sous contrôle et ne durera pas: «Le yuan demeure une devise forte!» a trompeté Yi Gang devant les journalistes du monde entier.

Officiellement, le mot «dévaluation» ne fait pas partie du vocabulaire de la PBOC. Elle justifie son changement de cap par la volonté de donner une plus grande influence au marché dans l’évaluation de sa devise, comme le réclame le FMI. Avec pour ambition de rejoindre le panier des grandes devises mondiales, les fameux droits de tirage spéciaux (DTS) au côté du dollar, de l’euro, du yen et de la livre sterling. L’organisation basée à Washington doit trancher en novembre sur la candidature du yuan, mais a exigé une plus forte fluctuation, dans un rapport rendu début août qui a fait l’effet d’une douche froide à Pékin. Les trois derniers jours de tendance baissière viseraient à démontrer la sincérité de sa nouvelle conversion au marché au FMI, qui applaudit.

Mais pour d’autres, il s’agit d’une «dévaluation» déguisée pour répondre à des pressions politiques au sommet du régime. Le but? Redonner un bol d’air à la seconde économie mondiale en plein ralentissement. En juillet, les exportations ont encore chuté de 8% et la production industrielle a déçu. «Il y avait beaucoup de critiques contre le yuan jugé surévalué. C’est le début d’une vague de dévaluation jusqu’à la fin de l’année pour soutenir l’économie», prédit Xiao Lei, économiste pour le China Securities Journal. La revue financière chinoise CBN parie sur une correction d’environ 5%, mais certains experts prédisent une dépréciation allant jusqu’à 10%.

Un scénario rejeté fermement par le vice-gouverneur Yi, qui a récusé toute tentative chinoise d’engager une «guerre des monnaies» pour doper ses exportations face à ses concurrents asiatiques inquiets. Et de laisser entendre que la PBOC se laissait le droit «d’intervenir» sur les marchés pour prévenir une spirale baissière incontrôlable. Dans les faits, les grands argentiers sont déjà passés à l’action mercredi en fin de journée en rachetant du yuan, y compris sur le marché offshore à Wall Street, une première, selon des sources bancaires. Grâce à ses réserves de change en dollars toujours les plus importantes du monde, Pékin peut voir venir. «Une tendance continue à la baisse est probable, mais nous pensons que les autorités garderont le contrôle», affirme Jens Nordvig, chef des questions de change chez Nomura.

En dévaluant la «monnaie du peuple», les dirigeants chinois font un virage stratégique, rompant avec un arrimage tacite au dollar. Depuis un an, le yuan s’est apprécié en moyenne de 14% contre les principales devises mondiales, étant la seule à s’accrocher au billet vert. Il gagnait 25% face à l’euro, alors que l’UE est son premier partenaire commercial.

Le choix était guidé par la détermination de réformer l’économie en réduisant la dépendance aux exportations et en renforçant le marché intérieur, notamment la consommation, encore relativement faible en Chine, par rapport aux pays développés.

Pékin voulait ainsi suivre le modèle allemand en stimulant les gains de productivité et la demande intérieure grâce à une devise forte. Un pari ambitieux devenu intenable, à mesure que la croissance et l’industrie ralentissent.

Officiellement, le mot «dévaluation» ne fait pas partiedu vocabulairede la banque centrale