L'administration chinoise de la radio, du cinéma et de la télévision va mettre sur pied le plus grand groupe de médias étatique chinois, dans l'espoir de lutter contre une concurrence accrue des médias étrangers, et cela tant sur le marché intérieur qu'international, a rapporté vendredi la presse chinoise. Le nouveau groupe qui porte le nom de China Radio, Film and Television Group rassemble quelques-unes des principales chaînes nationales ainsi que certaines sociétés de cinéma.

Créé avec un capital de 2,6 milliards de dollars, le groupe, qui emploiera 20 000 personnes, table sur des revenus annuels de plus de 1,33 milliard de dollars, selon des indications fournies vendredi par le quotidien China Daily. Le nouveau conglomérat restera toutefois sous le contrôle de l'administration et respectera les consignes du département de la propagande. Son président sera du reste l'actuel ministre de l'administration de la radio, du cinéma et de la télévision, par ailleurs vice-responsable du département de la propagande.

La création du groupe intervient alors qu'un certain nombre de médias chinois et en particulier les télévisions ont entrepris de se restructurer en prévision d'une concurrence accrue des chaînes étrangères. Le marché chinois de la télévision s'est en effet récemment entrouvert. En octobre, AOL Time Warner et le groupe News Corp de l'Américano-Australien Rupert Murdoch ont obtenu l'autorisation de diffuser dans une partie de la province méridionale du Guangdong. Une semi-ouverture et sous contrôle, relèvent les spécialistes, rappelant que le marché de l'information proprement dite, lui, reste fermé aux médias étrangers.

Selon eux, des contraintes géographiques (zone de diffusion restreinte), politiques (de fait, les autorisations de diffusion ne font qu'entériner une situation qui existait – en toute illégalité – depuis quelques années déjà) et programmatiques (bien que de capitaux étrangers, les deux chaînes officialisées offrent des contenus politiquement corrects) réduisent le geste d'ouverture de Pékin.

Cependant et selon un analyste cité par l'hebdomadaire Beijing Review, si le nouveau groupe, fondé la semaine dernière, recouvre largement l'administration existante, il devra pourtant modifier fondamentalement ses programmes et ses méthodes de gestion s'il entend lutter efficacement contre la concurrence qui de fait existe, avec la multiplication – bien qu'illégale – des antennes paraboliques. L'une des raisons de la création du groupe serait surtout à chercher du côté de la publicité: le nouveau conglomérat viserait à attirer davantage de recettes publicitaires dans un marché qui a atteint 9,6 milliards de dollars l'an dernier.

Reprise en main

Par ailleurs et pour garder la maîtrise du paysage audiovisuel, Pékin a prévu une reprise en main de la diffusion des chaînes étrangères autorisées dans les hôtels de plus de trois étoiles et les résidences d'étrangers. Dès le 1er janvier, elles seront, écrivait récemment le correspondant du Monde en Chine, «centralisées à travers une plate-forme unique, le satellite d'Etat chinois Sinosat-1. Les opérations de censure en cas de crise en seront grandement facilitées.»