Que ferons-nous des idéaux olympiques lorsque la génétique nous donnera les moyens de fabriquer des corps qui emportent l'or à coup sûr? Le reportage «Le cauchemar», présenté par Arte dans l'émission La vie en face, série qui prépare le téléspectateur aux JO, donnait froid dans le dos comme les premiers épisodes de Chapeau melon et bottes de cuir. Mais ces 50 minutes réalisées par la télévision suédoise n'avaient rien d'une fiction, au contraire. Elles montraient comment peut dériver le sport, si l'on s'évertue à vouloir ne disposer que de gagnants.

C'est un peu comme Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley, ce livre merveilleux où une société ne développe plus que des êtres humains destinés à exceller dans une seule discipline. Les trois athlètes qui s'exprimaient, et n'ont pas eu la possibilité de gagner lors de JO passés, ont chacun gardé l'amertume de ne pas avoir été cet être-là, mais une femme ou un homme faillible. Pour l'un deux, deuxième derrière Carl Lewis aux JO de Los Angeles en 1984, «je n'ai pas gagné l'argent, j'ai perdu l'or». Car, dans cette société-là, il ne fait pas bon terminer second.