Il n'y a pas un seul village de Gaulle qui résiste. Uderzo a inventé le Gaulois le plus connu du monde: Astérix. Depuis sa naissance en 1959, le petit teigneux à moustaches a écoulé plus de 220 millions d'exemplaires de ses aventures, traduites en plus de quarante langues.

Mais les chiffres record ne sont qu'une des facettes du dessinateur de bande dessinée. Les personnages croqués par Albert Uderzo lui ressemblent: ils sont affreusement têtus et typiquement gallo-romains. Discret, cet Italien de France est resté dans l'ombre du grand Goscinny, scénariste et éditeur de génie. Du coup, ses autres hauts faits sont méconnus du public. N'a-t-il pas aussi donné vie aux héros de l'aviation Tanguy et Laverdure, avant de céder les deux aventuriers à son collègue Jijé?

Pour l'émission «Le Bon Plaisir» sur France Culture, il passe en revue souvenirs et aventures de sa belle voix grave. Fils d'immigré de la banlieue de Bobigny, Uderzo est enfant des sixties. Entre jazz et cartoons, Amérique et Charlie Chaplin, sa fascination pour le cinéma n'est plus à démontrer. Dans les aventures d'Astérix, les gueules d'acteurs apparaissent à l'improviste: comment oublier l'inénarrable Bernard Blier en espion éleveur de mouches? Mais le bédéaste italo-français aime par-dessus tout les clowns: Laurel et Hardy, et les Augustes à gros nez. On comprend dès lors beaucoup mieux la physionomie du bonasse Obélix!

La vie d'Uderzo n'est pas marquée du sceau du secret. Il en avait déjà largement livré les aléas dans la biographie que lui a consacrée Bernard de Choisy en 1991 (Uderzo-storix, l'aventure d'un Gallo-Romain, chez J-C Lattès éditeur). Grand amateur de Ferrari et d'accordéon, Uderzo confie que son amour des voitures de sport l'a aidé à se consoler de la perte de son ami Goscinny, disparu en 1977. Les accordéons, par contre, lui rappellent son père, fanatique de bal musette. Ce n'est pas son ami Marcel Azzola qui nous contredira: cet hédoniste tranquille, riche et célèbre de surcroît, n'a pas attrapé la grosse tête. Malgré le succès de ses personnages, qui lui a fait écouler plus de 80 millions d'albums depuis 1961, juste entre la Suisse et la France, il reste disponible et étonnamment simple. Comment fait-il après quarante ans de réussite éclatante? C'est là probablement le seul mystère de cet auteur comblé.

Albert Uderzo, «Le Bon Plaisir», France-Culture, samedi 15h.