Leur but était d’améliorer leur concentration, d’accroître leurs performances cognitives ou de relever une humeur dépressive, écrit la Caisse nationale d’assurance en cas d’accidents (Suva). Les abus concernent avant tout la Ritaline, consommée par 12% de ces personnes, suivie par des médicaments délivrés sur ordonnance, comme Cipralex, Temesta, Stilnox, Xanax, Seresta et Valium.

Les secteurs du social et de la santé sont davantage touchés que les autres branches. 5,7% de leurs employés ont recours aux produits dopants, indique l’Institut suisse de recherche pour la santé publique et les addictions (ISGF) de l’Université de Zurich, auteur de l’étude mandatée par la Suva.

Davantage chez les jeunes

Les chercheurs ont constaté une augmentation de la consommation chez les adolescents, les jeunes adultes et les personnes en formation. Cette hausse se donne à voir autant au sein de la population active que dans les milieux scolaires ou universitaires.

Près de 14% des étudiants suisses ont déjà tenté d’améliorer leurs performances intellectuelles en recourant à des médicaments prescrits ou d’autres substances psychoactives, renchérit une autre enquête menée dans trois universités alémaniques.

Stress, pression, concurrence

L’accroissement du stress ces dernières années dans le monde professionnel constitue la raison principale de cette évolution. Sont pointés l’augmentation de la charge de travail, le rythme trépidant imposé par les moyens de communication modernes, la pression de la concurrence et des délais temporels. S’y ajoutent les instructions peu claires ou encore des pauses jugées inutiles.

La Suva observe également une progression de la consommation des substances dopantes douces, ou «soft», telles que la caféine, les boissons énergisantes, les préparations vitaminées et les fortifiants. Environ deux tiers des participants à l’étude reconnaissent avoir pris au moins une fois de tels produits.

Plus de 10 000 sondés

La Suva espère exploiter ces résultats pour développer des outils de prévention adéquats. «Les groupes à risque sont identifiés. Nous estimons que la réduction du stress dans le monde professionnel et de la formation» peut permettre d’éviter la consommation de médicaments destinés à accroître les performances, souligne Claudia Pletscher, médecin-chef de la division médecine du travail à la Suva.

L’enquête réalisée a permis d’interroger 10 171 personnes âgées de 15 à 74 ans exerçant une activité lucrative ou en cours de formation et domiciliées en Suisse. A l’heure actuelle, il n’existe aucune autre enquête comparable sur le plan méthodologique en Suisse ni dans les pays voisins, affirme la Suva.