C'est au bout d'un chemin tortueux, à Cossonay. Deux villas jaunes. Nous sommes aux Alouettes, quartier résidentiel où Werner Shäfer (Martin Huber, déjà vu dans Broken Silence), consultant alémanique, vient d'emménager. Apôtre des nouvelles méthodes de management, il a été mandaté pour vérifier le fonctionnement de l'administration vaudoise. Son voisin, Daniel Berger (Daniel Prévost), est sous-chef au service du cadastre du Département des travaux publics. Depuis des années, il touche des pots-de-vin en délivrant des permis de construire. L'arrivée du consultant menace sa promotion imminente. Il n'hésitera pas à faire construire une piscine commune sur le jardin qu'ils partagent afin d'attirer ses grâces, sans succès. Lorsque Schäfer découvre sa signature au bas d'une pétition demandant son départ, il n'aura aucune pitié pour son voisin. Les fonctionnaires ne l'entendront pas de cette oreille et descendront dans la rue. Le Conseil d'Etat sera obligé d'intervenir pour calmer le jeu.

Charmants voisins est une comédie qui ouvre la collection Nous les Suisses, qui devrait compter six volets (voir ci-contre). Coproduite par la TSR et Thelma, société de production fondée par Pierre-Alain Meier, la collection évoquera la réalité sociale helvétique. «On ne vise pas l'universel en ligne droite, explique le producteur. Il y a des spécificités, comme notre rapport à l'argent qu'il est bon que les cinéastes romands abordent.»

On peut s'étonner qu'un producteur connu pour avoir presque exclusivement travaillé pour le cinéma et en dehors de son pays d'origine ait choisi la Télévision suisse romande pour diffuseur. «Nous sommes une production indépendante, précise ce dernier. J'assure la moitié du 1,8 million de budget. J'ai voulu brouiller les pistes, taper entre une position rigide de cinéma d'auteur et une production strictement télévisuelle. La Télévision suisse fonctionne mieux que son cinéma, poursuit-il. Toute la profession a perdu contact avec le public, or un cinéaste qui rencontre un succès a compris quelque chose sur le monde. Notre modèle est Channel 4, télévision anglaise qui a notamment produit des films d'auteur remportant un certain succès, comme The Snapper. Ici, on ne comprend pas la nécessité d'aller vers le public.»

Les six scénarios de Nous les Suisses ont été écrits dans le cadre d'un atelier tenu par la TSR, Thelma et Focal, fondation de formation continue pour le cinéma basée à Lausanne. Une expérience inédite en Suisse et conduite sous la direction de Jacques Akchoti, scénariste basé à Paris mais qui a vécu de nombreuses années en Suisse. En tant que directeur de collection, son rôle est d'épauler les auteurs des scripts retenus pour les six épisodes de la collection, et au besoin de réécrire en partie les scénarios. Une réécriture que l'auteur de Charmants voisins, le musicien Michel Bühler, n'a pas appréciée du tout. Soutenu par des scénaristes et réalisateurs romands, il a lancé une pétition, «Pour une télévision suisse romande!», qui demande que la TSR compose avec eux plutôt que de chercher à les «modeler au système français». Les initiateurs de la collection, eux sont confiants. «Légalement, Bühler ne peut rien entamer, dit Pierre-Alain Meier. Nous avons été clairs dès le début. Les auteurs étaient informés que leur histoire pouvait être modifiée, voire ne pas voir le jour.»