Depuis bientôt un an, le DVD annonce la mort à petit feu de la cassette vidéo. Ce nouveau support numérique, qui ressemble à s'y méprendre à un CD, fait déjà un tabac aux Etats-Unis et au Japon. Si le Digital Versatile Disk vise aussi bien le marché de la vidéo que celui de l'audio et de l'informatique, les producteurs de films sont les premiers à s'être emparés de ce nouveau format.

Un seul DVD peut contenir l'équivalent d'une trentaine de CD audio, soit 17 gigaoctets de données. En format vidéo, cela représente jusqu'à huit heures de film, avec une image de très haute qualité de 540 lignes-écran, contre seulement 250 pour une cassette. De plus, la bande sonore d'un film sur DVD peut être restituée en huit langues à choix, et en qualité surround sur cinq canaux, comme dans les meilleures salles de cinéma. Sans parler du sous-titrage, disponible en 32 langues sur une même galette.

Ces capacités technologiques impressionnantes représentent cependant un danger pour les producteurs. Comme les films commercialisés sur DVD aux Etats-Unis sont souvent doublés en espagnol et en français (pour le Québec), les studios américains craignent que leurs productions ne traversent les océans avant même d'avoir été projetées dans les salles européennes.

Afin d'éviter de telles fuites, l'industrie s'est entendue pour diviser le monde du DVD en six zones. Les appareils vendus en Europe ne peuvent donc pas lire les disques DVD achetés aux Etats-Unis et réciproquement.

Cette «démondialisation» culturelle forcée connaît cependant quelques problèmes. Il existe en effet des parades techniques pour permettre l'accès aux films distribués seulement sur un autre continent: certains spécialistes modifient les composants électroniques afin de rendre les lecteurs DVD compatibles avec toutes les zones. «Pour 200 à 400 francs, je dézone n'importe quel appareil du marché», confirme Gabriel Vonlanthen, qui s'intitule lui-même «dézoneur» professionnel. Dans sa société Laser Disque Service, située à Rosé dans le canton de Fribourg, le jeune électronicien a déjà «dézoné» plus d'une centaine de lecteurs, dont près de la moitié pour des revendeurs spécialisés. «Grâce à des contacts à Hongkong, chaque fois qu'un nouveau modèle sort sur le marché, je trouve en quelques semaines les combines et le matériel pour le dézoner.» Les appareils multizones ainsi modifiés perdent cependant leur garantie.

Un lecteur DVD Vidéo permet aussi d'écouter des CD audio et coûte entre 1000 et 2000 francs. De nombreux commerçants vendent en Suisse des appareils compatibles toute zone, ainsi que des films importés directement des Etats-Unis. Illégale en France, cette pratique profite encore d'un vide juridique en Suisse. «Nous sommes bien sûr préoccupés, explique Matthias Basanisi, directeur de l'Association suisse SAFE de lutte contre la piraterie, qui regroupe notamment tous les grands studios américains. Le problème, c'est que la loi suisse ne condamne pas l'importation parallèle de matériel audio-visuel.»

Plusieurs associations, dont SAFE, comptent s'en prendre cette année au Tribunal fédéral pour faire évoluer la législation, mais la procédure nécessitera certainement encore deux ans. Une modification de la loi empêcherait l'importation en gros de films américains étiquetés «zone 1», ce que font de plus en plus de vidéo-clubs. Mais ni la modification de l'appareil, ni l'achat d'un film DVD aux Etats-Unis par Internet ne deviendra illégal pour autant. Le marché des lecteurs «dézonés» a donc de beau jour devant lui. «Quand l'importation de films en gros sera illégale, la demande pour des appareils modifiés va fléchir», espère Matthias Basanisi. En attendant, cette demande ne fait que croître. A tel point qu'elle a entraîné l'apparition d'un nouveau métier prisé: le «dézoneur».

Internet: Laser Disque Service: http://www.clap.ch/lds.htm

DVD forum: http://www.dvd-forum.ch