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Peut-on utiliser le mot rafle pour parler de l’évacuation des Tattes, à Genève?

Sur Facebook, le journaliste Pascal Décaillet voudrait limiter au conseiller municipal socialiste Sylvain Thévoz l’usage du mot «rafle» pour parler de l’évacuation du centre des Tattes à Genève. Le jeune politicien socialiste lui répond clair et cash

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Rafle à Genève, passe d’armes sur Facebook

Le journaliste Pascal Décaillet voudrait limiter l’usagedu mot «rafle»par le conseiller municipal socialiste Sylvain Thévoz

Des forces de police évacuent un certain nombre d’hommes d’un foyer de migrants genevois, celui des Tattes, pour les déplacer dans des abris PC à Carouge. La démarche choque un conseiller municipal socialiste, Sylvain Thévoz. Qui le dit dans le blog qu’il tient, hébergé par la Tribune de Genève, «Topo Thévoz».

Titre du texte indigné: «La rafle des Tattes, l’abri du Grütli». Et cet extrait: «Ce lundi 15 juin, les policiers entrent aux Tattes, dans les studios. Ils pointent des hommes du doigt et disent: toi, et toi et toi, essaient d’emmener de force ceux qui ne comprennent pas ce qui leur arrive. Employer la rafle et la force n’est pas responsable pour un canton comme celui de Genève. A une question sociale il faut une réponse sociale, pas policière.»

A peine sa prose en ligne que Facebook meugle déjà. En l’espèce, c’est le journaliste et animateur TV Pascal Décaillet qui s’offusque: «Le mot «rafle», utilisé par un conseiller municipal socialiste, sur son blog, pour qualifier ce qui s’est passé aux Tattes (qui est certes discutable), est totalement déplacé. Déplacé, vu le contexte historique et sémantique, notamment celui du 16 juillet 1942. Déplacé, d’autant qu’il émane d’une excellente plume (assurément une des meilleures de la classe politique genevoise). Donc, celui qui porte cette plume est censé connaître et peser le poids des mots. Des gens de culture et de style, on attend et on exige plus que du plumitif ordinaire. Sinon, à quoi sert la culture? Et à quoi sert le style?»

On note dans ces quelques lignes toutes les composantes de la posture oraculaire. En commençant par la rhétorique de l’allusion qui consiste à ne pas nommer celui dont on parle.

En poursuivant avec l’introduction dans l’argumentation d’un fait historique extrême, la rafle du Vél’ d’Hiv, manière de court-circuiter l’adversaire et de faire peser la honte sur lui. Une sorte de variante particulièrement retorse parce que inversée de la reductio ad hitlerum, «cette tactique rhétorique qui a pour objet d’exclure l’adversaire du champ polémique tout en évitant le débat de fond».

Enfin, couronnant le tout, l’appel de Pascal Décaillet à une franc-maçonnerie du style et des lettres dont il serait le Grand Maître, dictant le code et distribuant les bons et les mauvais points.

Face à ces oripeaux d’un autre temps, la réplique de Sylvain Thévoz fuse comme un torrent d’eau vive: «Pascal Décaillet tique sur mon emploi du mot rafle dans un billet concernant celle planifiée et ratée par Monsieur Maudet aux Tattes lundi 15 juin. Monsieur Décaillet voudrait réserver pour toujours l’emploi du mot rafle à celle du Vélodrome d’Hiver (1942). L’employer dans un autre contexte, ce serait faire un amalgame avec juillet 1942. Mais quelle drôle d’idée. Pourquoi ce mot devrait-il désormais être confisqué par tel ou tel événement historique, devenir un mot tabou? Et pourquoi juillet 1942, et pourquoi pas les rafles de la guerre d’Algérie, ou des rafles policières comme il s’en déroule tous les jours […]. Aux Tattes, c’est bien une rafle que Monsieur Maudet a organisée, n’en déplaise à la sensibilité historique et culturelle de Monsieur Décaillet qui ici lui joue des tours. S’il s’agit bien d’utiliser le langage avec tout le soin voulu, il est important aussi de le libérer des étaux étroits dont certains veulent le corseter. Plus prosaïquement dit, de ne pas cacher la merde au chat, ni au nom de l’histoire, ni par crainte de fâcher certains.»

A l’audimètre, Sylvain Thévoz fait mouche. Et déclenche même sous son post une nuée de commentaires. Ainsi Inès El-Shikh: «Ce qui est drôle (ou pas), c’est que personne n’a tiqué quand on a utilisé le mot «rafle» il y a de cela quelques semaines à peine concernant la (je cite) «rafle chez les responsables de la FIFA.»

A main gauche, clarté assumée et finalement très moderne, très cash du post de Sylvain Thévoz (que l’on partage ou non son avis). A main droite, rhétorique contournée de Pascal Décaillet.

Depuis, le journaliste a désigné son adversaire et précisé sa pensée sur son blog, hébergé lui aussi par la Tribune de Genève: «De l’usage (volontairement?) abusif du mot rafle».

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