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Philippe Auguste vous invite à jouer à «Plantagenêt Crush»

Louis XI, Marie-Antoinette, Chirac et 100 000 personnes aiment ça. Quoi? L’amusante «Histoire de France selon Facebook» ou comment les personnages historiques auraient communiqué s’ils avaient connu le fameux réseau social. L’humour noir n’y est pas absent

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Qui vous invite à jouer à «Plantagenêt Crush»?

Louis XI, Marie-Antoinette, Napoléon, Chirac et 100 000 personnes aiment ça. Quoi? L’amusante «Histoire de France selon Facebook»

Qu’aurait écrit Napoléon sur son mur après Waterloo? La communauté des hipsters aurait-elle utilisé la barbe fleurie de Charlemagne comme photo de couverture? Qui Robespierre aurait-il invité à une partie de Grande Terreur Saga, le plus dingue des jeux de massacre contre-révolutionnaires? Courbet aurait-il persisté à se faire censurer sur Facebook ou aurait-il fini par rhabiller son Origine du monde? Sûr en revanche qu’Olympe de Gouges, pionnière du féminisme guillotinée en 1793, aurait eu droit à son commentaire machiste au bas de sa page: «Ça y est, ça commence. Elles n’ont pas fini de nous emmerder.»

Publiée aux très sérieuses éditions PUF, L’Histoire de France selon Facebook imagine la manière dont des personnages historiques, des Etats ou des groupes d’intérêt auraient communiqué leurs faits d’armes, leurs découvertes, leurs échecs, leurs initiatives ou leurs œuvres, s’ils s’étaient inscrits sur le fameux réseau social.

Jeux, commentaires, albums d’images, invitations à des événements, toutes les formes de convivialité de Facebook sont là pour une approche de l’histoire de France amusante, délicieusement incarnée puisque chaque acteur est locuteur, rigoureuse sur les dates et les citations, mais totalement facétieuse et désinvolte. Son auteur, il est vrai, Baptiste Thiébaud, n’est pas historien mais illustrateur et auteur de bandes dessinées.

Comme le veut le genre, l’album est truffé d’anachronismes: c’est le chanteur Dave «likant» la parution de Du côté de chez Swann en 1913; Valérie Damidot qui tempère l’enthousiasme de l’homo sapiens s’extasiant devant la grotte de Lascaux («Je trouve qu’il manque des rayures») ou Sylvain de Paris, «liké» par Paul McCarthy, qui se demande ce qu’est ce plug anal en découvrant l’album tour Eiffel, en janvier 1888. Grande et petite histoire se télescopent, figures de légende et people se carambolent. Le livre n’explique pas l’histoire, il n’en retient que l’écume, bons mots ou situations devenues iconiques. Idéal pour réviser ses connaissances, de l’histoire de France, mais aussi de l’actualité la plus frivole. Le principe même de Facebook.

Pourtant, à l’heure où la France se déchire autour de l’après-Charlie et où l’humour devra bientôt justifier son AOC, on «like» l’esprit Hara-Kiri de l’auteur qui, surtout pour la Seconde Guerre mondiale, ose l’humour noir. Comme ce message posté par l’Etat français qui a ajouté Rafles à la rubrique Intérêts et créé l’événement «Rassemblement au Vélodrome d’Hiver», le 16 juillet 1942. Commentaire d’Himmler: «Je n’aurais pas fait mieux.»

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