S’il était opposé à l’initiative de l’UDC sur l’immigration, Philippe Roch est l’une des rares voix romandes à soutenir l’initiative Ecopop, qui prône de limiter la croissance de la population résidente à 0,2% par an et dont les Chambres débattront prochainement. L’ancien directeur de l’Office fédéral de l’environnement plaide pour un « équilibre entre territoire et population » et reproche au parlement fédéral de n’avoir pas pris au sérieux les inquiétudes de la population.

Le Temps: Après le vote de dimanche, l’initiative Ecopop a-t-elle encore un sens?

Philippe Roch: Oui, car elle part d’une autre philosophie. Elle ne touche ni les frontaliers ni les réfugiés, mais vise un équilibre entre un territoire et sa population. Par ailleurs, elle a un volet international, avec une aide au contrôle des naissances dans les pays les plus pauvres.

– Le message que la Suisse vient d’adresser au reste du monde n’est-il pas assez clair, qu’il faille revenir à la charge?

– C’est moins le message au monde qui m’intéresse que la gestion de nos affaires en Suisse. Les politiciens qui font une interprétation catastrophique de ce résultat en sont les premiers responsables. Le parlement actuel porte à mon avis une lourde responsabilité. Il aurait dû prendre l’initiative UDC au sérieux et élaborer un contre-projet, ce qui aurait montré sa volonté d’empoigner les préoccupations des gens.

– Au fond, êtes-vous satisfait du vote de dimanche?

– Non, j’espérais que l’inverse se produise, avec une courte majorité de non. Cela aurait produit un électrochoc qui aurait réveillé le parlement.

– L’initiative Ecopop, c’est tout de même une surenchère dans la fermeture...

– Cela peut passer pour tel, du moment que ses dispositions sont plus drastiques que celles de l’initiative UDC. Mais si, comme cette dernière le prévoit, on fixe des contingents «en fonction des besoins de l’économie», il risque de n’y avoir aucun changement. Ecopop doit être maintenue pour que le débat au parlement ait lieu. Le parlement peut toujours imaginer un contre-projet à Ecopop, qui engloberait l’article constitutionnel voté dimanche, je pense que c’est possible.

– Quelle lecture faites-vous du vote de dimanche?

– Il envoie le même message que l’initiative Weber, celui que le parlement ne veut jamais entendre. Il exprime le malaise face à une croissance qui ne s’arrête pas, des grues que l’on voit partout, des paysages qui se dégradent. Il y a un sentiment profond d’être submergé par la transformation du pays au détriment de sa qualité, que cette croissance nous tue.

– Si c’est le cas, les Romands y seraient beaucoup moins sensibles…

– Cela m’a surpris, en effet, mais c’est possible. La Suisse alémanique est sans doute plus attachée au pays traditionnel. De plus, il faut se souvenir qu’elle a été en avance sur les Romands dans la politique environnementale: toutes les initiatives sur les normes de protection sont venues d’Allemagne et de Suisse alémanique.

– L’UDC attribue le succès de son initiative au fait qu’elle ne contenait pas de chiffres. En limitant le solde migratoire à 0,2%, celle d’Ecopop sera perçue comme beaucoup trop contraignante…

– C’est un risque. Remarquez que l’initiative Weber, sans ses fameux 20% de résidences secondaires, n’aurait servi à rien. Une croissance de 0,2%, cela représente 16 000 personnes par an. Cela n’empêche pas toute dynamique. Il me paraît moins utile en revanche de fixer à 10% la part de l’aide au développement destinée au planning familial.

– L’immigration est une conséquence plutôt qu’une cause. Si le but est de freiner la croissance, ne peut-on le faire sans s’en prendre aux personnes qui cherchent un emploi?

– Sans doute. C’est toute la politique économique qui est en cause. Faut-il vraiment continuer à attirer toutes les entreprises possibles? Qu’on laisse ces usines d’horlogerie ou de cigarettes s’installer tout près de la frontière en visant une main-d’œuvre en majorité frontalière, ce n’est pas très malin. Nous devrions plutôt travailler solidairement avec nos voisins pour un meilleur équilibre dans l’implantation des entreprises. La politique d’aménagement peut aussi apporter des solutions. Des initiatives sont lancées parce qu’il ne se passe rien.

– Ecopop se réclame d’une motivation écologique, or les Verts appellent à une alliance contre une initiative «ni écologique ni solidaire». Cela ne vous trouble pas?

– C’est une preuve supplémentaire que les Verts ont usurpé la couleur de la nature au profit d’une politique grise et industrielle, alors que l’écologie est par essence une philosophie de l’équilibre. Comme chez les socialistes, la question de la population est un tabou chez bien des Verts, mais on ne peut pas refuser d’approfondir la question. Si les Verts s’étaient mobilisés pour proposer des solutions alternatives à ceux qui ont voté UDC par souci écologique on n’en serait pas là. Ils sont coresponsables de ce qui s’est passé.

– Comment évaluez-vous le risque d’invalidation de l’initiative pour manque d’unité de matière? La commission des institutions politiques du Conseil des Etats se prononce le 25 février, saisie d’une demande déposée par Urs Schwaller...

– Je ne vois pas comment on peut contester l’unité de matière. C’est une vision très cohérente de vouloir contrer la surpopulation à la fois en Suisse et dans le monde. Quant aux parlementaires qui ont peur du peuple, je me demande ce qu’ils font sous la Coupole!