Il y a des soirs où les JT font preuve d'une infinie bienveillance envers les chroniqueurs de télévision. Hier, par exemple, le journal de TF1 nous a offert un joli sujet de dissertation sur le thème toujours porteur de «la réalité qui rejoint la fiction». D'abord, nous avons vu le vrai Bill Clinton souriant à Berlin. Puis la vraie Hillary souriante à Paris. Et enfin, sur la Croisette, les deux acteurs souriants qui tiennent le rôle du président et de son épouse dans Primary Colors, ce film dont l'affaire Lewinsky semble être le remake.

D'habitude, les télescopages entre «spectacle de la politique» et «politique du spectacle» fournissent de bons sujets de chronique. Mais pas hier. C'était trop transparent. Un président des Etats-Unis et sa femme qui ressemblent à des acteurs de cinéma, quoi de plus normal? Un film américain qui met en scène le chef de l'Etat et sa femme, quoi de plus banal?

Et puis, quelques minutes plus tard, le réalisateur de ce Primary Colors est apparu sur Canal Plus. A la journaliste qui lui demandait si l'affaire Lewinsky avait contribué au succès du film aux Etats-Unis, il a répondu: «Non, au contraire, les gens avaient l'impression d'avoir déjà vu cette histoire à la télé, ils ne sont pas allés dans les salles.»

C'est bête à dire, mais c'est la seule chose vraiment surprenante que j'ai entendue hier à propos de ce film, Primary Colors.