Zabel a eu beaucoup de mérite hier après-midi sur TF1. Le journaliste était chargé de meubler les dernières heures avant la finale. Dire n'importe quoi, poser n'importe quelle question, rappeler n'importe quel détail, lancer n'importe quelle archive, mais meubler, meubler, meubler. Laisser couler les minutes et les secondes avant le coup d'envoi. Un compte à rebours s'affichait au coin de l'écran pour informer les téléspectateurs du temps qu'il restait à meubler: 3 heures 2 minutes 47 secondes.

Une bonne idée, ce compte à rebours. En cette fin d'après-midi, c'était peut-être la seule information rigoureuse et sensée que diffusait TF1. Le reste n'était qu'une longue improvisation sur le thème de l'attente, une sorte de free jazz télévisuel avec ses interminables bégaiements et quelques étincelles de génie. A 18 heures, Roger Zabel a passé l'antenne à un correspondant qui se trouvait à Clairefontaine, au quartier général de l'équipe nationale. Il nous a montré le car qui emportait les joueurs au Stade de France. «Trente-cinq personnes se trouvent dans ce car, a dit le correspondant. Le car peut contenir 55 personnes, mais aujourd'hui, il n'y a pas 55 sièges, on a enlevé des sièges pour que les joueurs puissent allonger leurs jambes. L'histoire est en marche. C'est un moment historique: on se souviendra encore longtemps qu'à 18 h, le car de l'équipe de France a quitté Clairefontaine.» Le pire, c'est qu'il a probablement raison.