Jura

Pierre Kohler surprend à nouveau en quittant la mairie de Delémont

Même s’il s’en défend, tout indique que Pierre Kohler s’est fixé un nouveau défi politique, auquel il rêve depuis 2003: intégrer le cénacle du Conseil des Etats. Il devrait donc se lancer dans la course fédérale pour cet automne

On avait cru, certainement à tort, que la cinquantaine passée (en février 2014), l’imprévisible Pierre Kohler n’était plus capable des coups d’éclats politiques qui ont marqué sa carrière politique jusqu’à son accession à la mairie de Delémont, en 2008. Or, l’ex-trublion du gouvernement jurassien devenu maire-bâtisseur surprend une fois de plus tout son monde en annonçant, ce mercredi matin, sa démission de la présidence de la capitale jurassienne, pour le 21 mars. Il a invoqué d’autres mandats, mais tout le monde le voit candidat au Conseil des Etats.

Pierre Kohler a informé ses collègues de l’exécutif de Delémont en séance ce matin, puis le personnel communal réuni pour lancer l’année 2015. Le maire PDC a justifié son retrait par ses autres engagements, notamment sa présidence de Swisscable, et un projet en relation avec le premier ministre du Kosovo, a-t-il dit.

Pierre Kohler s’en ira le 21 mars, la veille de l’élection de son successeur, fixée au 22 mars. Le dépôt des candidature arrivera à échéance déjà le 9 février.

Entré en politique à 20 ans, s’étant d’emblée signalé sur les bancs du Conseil de Ville de Delémont (législatif) en cassant sa tirelire, Pierre Kohler a réussi l’impossible exploit d’être élu au gouvernement jurassien, en juin 1993, contre l’avis de son parti, le PDC. Il avait profité d’une double démission, d’un socialiste et d’un PLR, pour se faufiler. Ministre de 1993 à 2002, il décide en 2003 de s’exiler en Chine, mais revient rapidement à Delémont, autoproclamé candidat au Conseil national, duquel il éjectera François Lachat. Une unique législature à Berne, et l’insaisissable PDC s’en retourne à Delémont, oû il affirme vouloir permettre à son épouse de faire carrière, lui gardant les enfants à la maison.

Il ne pourra pas rester longtemps en retrait. En automne 2008, il tente un nouveau pari impossible – mais rien n’est impossible pour Pierre Kohler: ravir la mairie de Delémont la rouge, que le PS tient depuis 56 ans. Il battra à plattes coutures le sortant PS Gilles Froidevaux. Après des débuts tumultueux, le juriste PDC, qui n’a fait que de la politique et des affaires financières et immobilières, décide de transformer Delémont. En six ans, il aura bâti et fait bâtir d’innombables immeubles, résidentiels, culturelle, commerciaux et de formation. Certains sont encore en chantier ou devraient être mis en route ces prochains mois. Dans sa lettre de démission, il inventorie les projets qu’il a réalisés.

Et là, subitement, alors que son mandat court jusqu’à fin 2017, il claque la porte, dans un délai extrêmement court.

Même s’il n’en a rien dit à son personnel et ses collègues, tout indique que Pierre Kohler s’est fixé un nouveau défi politique, auquel il rêve depuis 2003 d’ailleurs: intégrer le cénacle du Conseil des Etats. Et quand Pierre Kohler a une idée, rien ne l’en écarte. Rusé, le magistrat n’en dit encore rien, affirmant qu’il se décidera ces prochains mois. On ne sait pas encore si l’actuelle sénatrice PDC Anne Seydoux se représentera.

D’aucuns font état d’nu scénario que Pierre Kohler réfute : lui va aux Etats, Anne Seydoux à la mairie de Delémont. «Il n’y a que moi pour être assez fou pour redescendre du parlement fédéral vers un mandat communal», ironise-t-il.

En prenant tout le monde de court, Pierre Kohler applique une recette qui ne lui a valu que des succès électoraux personnels. Il avait déjà quitté le parlement jurassien il y a quelques mois, ce qui a pu constituer un indice pour les plus fins observateurs. Là, il oblige la classe politique delémontaine et démocrate-chrétienne à réagir selon son bon vouloir.

Avant d’entamer la campagne pour les élections fédérales et cantonales, le 18 octobre, la classe politique jurassienne aura un tour de chauffe avec l’élection à la mairie de Delémont le 22 mars. Le PDC a-t-il les moyens de la conserver ? Rien n’est moins sûr. Seul Pierre Kohler avait l’envergure pour battre une gauche majoritaire. S’il n’a pas de champion à lancer dans la course, le PDC risque d’abandonner cette mairie, avec le sentiment du devoir accompli de Pierre Kohler.

Le PS reprendra-t-il un bien perdu en 2008 aisément ? Là encore, rien n’est moins sûr. Le PDC pourrait une nouvelle fois faire mordre la poussière aux socialistes, et à celui qui apparaît comme le candidat naturel Jean-Yves Gentil, frère de feu l’ancien maire Pierre-Alain Gentil, en apportant son soutien à un candidat d’un autre parti, qui pourrait être le chrétien-social Damien Chappuis.

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