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Pilote brûlé vif, la spirale de l’ultraviolence

Les images montrant l’otage jordanien en proie aux flammes provoquent des commentaires outrés. Et des réactions abjectes

Une cage, un homme en tenue orange, des flammes. La Jordanie a très rapidement réagi à l’assassinat du pilote jordanien Maaz al-Kassasbeh par l’Etat islamique (EI), en exécutant, mercredi, Sajida al-Rishawi, une islamiste irakienne condamnée à mort pour son rôle dans un attentat suicide. Un autre islamiste irakien, membre d’Al-Qaida, a également été exécuté en guise de représailles. Les deux ont été pendus.

Une «réponse terrible et immédiate» annoncée par les autorités jordaniennes, à laquelle se sont joints des appels violents. Comme celui, particulièrement virulent, de la mosquée Al-Azhar du Caire, qui invite à «tuer, crucifier ou amputer les mains et les pieds des terroristes» de l’EI.

Le supplice du pilote a eu bien plus d’échos, sur les réseaux sociaux, que la pendaison des deux Irakiens. «Horreur», «abomination», «totalement effroyable»: aucun mot n’est assez fort pour qualifier la torture infligée au Jordanien. Une mise à mort de plus – l’homme a été brûlé vif dans sa cage –, après une série de décapitations fortement médiatisées. «On ne peut pas rester indifférents à cette barbarie»; «Ça me rappelle les techniques d’Hitler!!!!»; «Nous sommes convoqués à l’irrationnel et ça constitue un échec ­civilisationnel! J’en prends acte et conscience!» commentent des internautes, outrés. Nombreux sont ceux qui évoquent la loi du talion, prônent une réponse féroce et radicale contre les djihadistes.

La vidéo de l’EI a rapidement circulé sur Internet. Sur son fil Twitter, le journaliste David Thomson, auteur du livre Les Français jihadistes, évoque un changement. «A noter une réactivité nouvelle de YouTube: quelques minutes à peine après avoir été postées, toutes les vidéos de l’EI ont été supprimées», écrivait-il mardi soir.

Mais l’escalade dans l’horreur est montée d’un cran dans la journée de mercredi. L’EI a diffusé une nouvelle vidéo montrant «la joie des musulmans» visionnant le film de l’exécution du pilote jordanien projeté sur grand écran dans les rues de Raqqa. Le groupe djihadiste a également publié un communiqué avec les noms d’une cinquantaine de pilotes jordaniens, en appelant ses sympathisants à les assassiner.

Pour l’avocat français Arno Klarsfeld, «ce n’est pas seulement pour effrayer que Daech [l’acronyme arabe pour EI, ndlr] est si cruel, mais pour montrer à ses troupes qu’il n’y a pas de retour en arrière possible». «Si certains jeunes sont prêts à rejoindre Daech qui brûle des gens vivants dans des cages, il faudra plus que des clips pour les dissuader…», écrivait-il la veille. Une allusion à la vidéo controversée de l’Etat français pour sa campagne «Stop djihadisme».