Le génial informaticien est-il un honnête homme ou l'ennemi numéro un des banques françaises? C'est la question que devait trancher hier la 13e Chambre correctionnelle de Paris, en jugeant Serge Humpich, 36 ans, poursuivi par le Groupe-ment d'intérêt économique-Cartes bancaires (GIE-CB), qui gère la célèbre Carte bleue. Son crime? Il a forcé le code de sécurité à 96 chiffres (un record) qui garantit aux commerçants que les Cartes bleues qu'on leur présente sont valables. A partir de là, Serge Humpich aurait pu tranquillement dévaliser les distributeurs de billets et se fabriquer une vie dorée. «Poussé par l'honnêteté», dit-il, il a préféré alerter le GIE-CB et négocier sa trouvaille. Résultat: il vit aujourd'hui dans une ferme délabrée de Seine-et-Marne et s'est fait licencier par son employeur avant son passage au tribunal.

L'affaire remonte à 1995. Serge Humpich, payant avec sa Carte bleue au restaurant, s'aperçoit que le terminal qui la vérifie n'est pas connecté au téléphone, donc à l'ordinateur central du GIE-CB. Titillé, le petit génie veut découvrir comment fonctionne le système de sécurité. Il rachète donc un terminal dans une faillite et le branche à un analyseur logique qu'il a créé. Deux ans plus tard («je travaillais à mes moments perdus, dit-il. Parfois, je ne m'en occupais pas pendant six mois»), il exulte. Il a trouvé le code, et dès lors le moyen de fabriquer des fausses cartes bancaires à l'aide de puces programmables disponibles sur le marché.

Après avoir déposé sa découverte sous scellés à l'Institut national de la propriété intellectuelle, il mandate un avocat, début 1998, pour négocier sa découverte avec le GIE-CB et protéger son anonymat. «Personnellement, je trouvais cette affaire commerciale absolument banale», confesse-t-il au Nouvel Observateur. Les banquiers entrent en négociations, mais veulent des preuves. Humpich tombe dans le piège et achète alors la plus petite chose qu'on puisse payer par Carte bleue: des carnets de tickets de métro. Ce n'est pas assez pour le GIE-CB qui lui propose de «fabriquer» des cartes bancaires à l'aide de quatre exemplaires vierges qu'il lui procure. Il y parvient en une heure. Panique!

Filé, mis sous écoute, il voit 30 policiers débarquer pour l'arrêter. Placé en garde à vue, il ne sera pas incarcéré, de peur que le milieu ne lui arrache son secret. Mis en examen pour «entrée frauduleuse dans un système automatisé et contrefaçon», Humpich parle à la presse, dénonce la peur des banquiers de devoir refaire tout leur système de sécurité. Bizarrement, plusieurs reportages prévus par France 2 ou France 3 passent à la trappe. Le directeur général de Canal+ censure carrément le «Vrai journal». Bonne nouvelle: une nouvelle génération de cartes bancaires a été lancée en automne 1999. Mais ça n'a aucun rapport avec l'affaire Humpich, assure-t-on.