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Le pire se passe sur le Web après le crash de Germanwings en France

D’abord, Twitter a surtout servi à informer sur la catastrophe. Mais très vite, la machine s’est emballée. Tour d’horizon d’esprits pas toujours bienveillants

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Le pire du crash aérien se passe aussi sur le Web

D’abord, Twitter a surtout servi à informer sur la catastrophe. Mais très vite, la machine s’est emballée

Reprenons depuis le début, comme le fait ReputatioLab, site un peu pompeusement dit «le laboratoire de la réputation et des crises 2.0». Ce mardi vers 11h, donc, un avion de la compagnie Germanwings se crashe dans le sud de la France. Le quotidien La Provence est le premier à donner la nouvelle. Il prend soin de rédiger certains messages en anglais, mais aussi en espagnol afin de capter les utilisateurs non francophones. Mais pas en allemand, ce qui n’étonne guère dans un pays où les compétences germanophones sont limitées, se plaignent certains internautes d’outre-Rhin.

C’est néanmoins la phase de l’information brute, répercutée sur les comptes Twitter de tous les sites d’info, de la manière la «plus compréhensible possible». Grâce notamment au site Flightradar24, qui montre la trajectoire de l’avion accidenté jusqu’au moment de sa perte de contact avec le contrôle aérien.

Aussitôt se met alors en place un système de hashtags, #germanwings pour le plus immédiat, mais plutôt #4U9525 en Allemagne, où le numéro du vol est évidemment plus connu – surtout par ceux qui sont censés l’accueillir à Düsseldorf.

La machine est lancée, elle ne s’arrêtera plus. La catastrophe aérienne prend très rapidement la tête des conversations sur Twitter, explique La Nouvelle République, avec ces questions basiques: «Que s’est-il passé? Pourquoi cet A320 a-t-il chuté durant 8 minutes pour s’écraser dans une zone isolée à 1500 mètres d’altitude? Comment s’organisent les secours?»

Puis ça dérape. Les gags fusent, la très mauvaise plaisanterie de @stephaneguillon déclenche une énorme polémique. Une enquête est même lancée en Espagne sur des tweets insultants pour les victimes. Du genre: «Si c’étaient tous des Allemands et des Catalans, où est la tragédie?» Voilà pour le pire.

Alors que les secours peinent à rejoindre les lieux du crash, certains internautes diffusent de fausses photographies et même une fausse vidéo, comme l’explique France Info dans un passionnant décodage.

Parmi ces images détournées, celle ci-dessus. Qu’on dira a priori «crédible». Elle montre un Tornado de l’armée allemande en feu au Stechelberg, dans l’Oberland bernois en 2007, comme l’explique 20 Minutes dans une galerie de photos de crashs militaires en Suisse, où l’image a vraisemblablement été volée. Que ne ferait-on pas pour se faire remarquer? On en passe, et des meilleures.

Et ça continue. Jeudi à la mi-journée, le procureur de la République de Marseille donne le nom du copilote – qui sonne très germanophone – mais après que la presse américaine, Wall Street Journal en tête, en a fait de même. Et ce nom, dans la foulée, circule depuis un bon moment déjà sur les réseaux. Au moins depuis qu’un rédacteur qui se dit «Social Media» fait remarquer que le profil Facebook de celui que la justice soupçonne d’un acte volontaire a été supprimé. Mais que l’on trouve encore en utilisant le cache de Google.

Difficile d’établir une chronologie fine de ces événements virtuels, mais cela n’empêche de toute manière pas la déferlante qui s’abat avec un hashtag bâti sur le nom du pilote. «Bientôt on va lui trouver des origines muslima», lit-on sur Twitter. Mais «ça fait pas très halal comme prénom. Les journalistes sont déçus.» Et tant pis pour ceux qui croyaient qu’on «nous cachait quelque chose»: un attentat terroriste, ce n’est pas très bon pour le pouvoir en place à quelques jours d’élections où certaine formation politique pourrait en profiter. Scénario de paranoïa aiguë.

Autre cible des réseaux: le Bureau d’enquêtes et d’analyses pour la sécurité de l’aviation civile (BEA). Celui-ci a refusé, jeudi, «de confirmer ou d’infirmer l’information du New York Times […] selon laquelle un des pilotes était coincé hors du cockpit au moment du crash», indique 20 Minutes France. Pilote à Air France et syndicaliste, Guillaume Schmid (@Gui_SMD) se fâche: «Les «fuites» après lesquelles court la presse, sont une divulgation illégale d’informations.» On attendait une enquête sereine, «une fois de plus, le #BEA n’est pas à la hauteur». Il n’est pas le seul, dans toute cette tragédie.

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