Dix ans. Ça fera dix ans, entre 1991 et 2001, que les Suisses auront été convoqués en permanence à se regarder le nombril. Le 700e anniversaire de la Confédération inaugura cette frénésie introspective. Juste après, le débat sur l'Espace économique européen offrit mille occasions de nous demander qui nous étions, où nous allions. Survint la question des fonds juifs qui ajouta: et qu'avons-nous fait de notre passé? Sur quoi 1798 et 1848 tombent à pic pour examiner ce qu'est devenu le goût du risque de nos ancêtres. A peine avons-nous le temps de saisir le sens profond des affiches historico-civiques généreusement placardées par nos-z-Autorités qu'à trois ans de l'Expo.01, le tintamarre des cuisines pipilotiennes nous interpelle déjà sur le rôle de la créativité dans l'avenir du pays.

Pitié, n'en jetez plus!…. Eh bien, si. La TSR vient rajouter son wagon au train fantôme de l'identité nationale. Elle nous promet dès le printemps prochain six téléfilms de fiction à l'enseigne de «Nous les Suisses». Une série «ancrée dans la réalité sociale helvétique» qui a rencontré «l'intérêt des autorités compétentes à Berne», précise le communiqué. On n'en doute pas une seconde. Le projet s'inscrit en effet à merveille dans le concept «Idée Suisse», ce fourre-tout de boy-scout qui voudrait nous faire oublier l'éclatement de la SSR en entités de plus en plus repliées sur leur pré carré.

La nausée menace. On finira par savoir que la Suisse est une «Willensnation», mais faute d'aérer la chambrette, là on étouffe franchement. De l'air!