Les plus grands cinéastes actuels se sont, pour ainsi dire, partagé le début d’année: le nouveau film de Jane Campion, sublime Bright Star, ouvre le bal le 6 janvier. Il sera suivi par ceux de Clint Eastwood, des frères Coen, de Peter Jackson ou encore Martin Scorsese. Rien que ça. Sauf qu’ils sont déjà éclipsés par un film qui sortira le 18 février en Suisse alémanique et le 3 mars dans les salles romandes: L’Homme de l’ombre (The Ghost), le 18e long métrage signé Roman Polanski. L’excitation sera à son comble entre le 11 et le 21 février déjà, dates de la 60e Berlinale: le film du plus célèbre assigné à résidence de l’histoire suisse y figurera en compétition. Et comme les absents n’ont pas toujours tort – car l’intéressé sera probablement aux Etats-Unis à ce moment-là –, il y a fort à parier que Polanski obtiendra une récompense par contumace, au minimum honorifique, quarante-quatre ans après l’Ours d’or qui avait couronné son Cul-de-sac.

Les comédiens du bien nommé L’Homme de l’ombre – Ewan McGregor et Pierce Brosnan en premier lieu – auront, devant une presse internationale chauffée à blanc, la lourde tâche de commenter le film (un peu) et l’affaire (beaucoup). Car ce thriller à 35 millions de dollars, tourné début 2009, prête en effet à confusion.

Polanski a apporté la touche finale depuis sa geôle de Winterthour. Puis il a approuvé le montage final depuis son chalet de Gstaad. Surtout, cette adaptation d’un roman de Robert Harris raconte, par une de ces coïncidences dont seul l’art détient le secret, l’histoire d’un jeune écrivain appelé à jouer les nègres pour le compte d’un premier ministre britannique. Cet homme en disgrâce compte sur la publication de ses Mémoires pour redorer son blason face à la menace d’une inculpation par le Tribunal pénal international…