La polémique continue autour de l’appétitdu service de blocage de publicités Adblock

Web Plus de 150 millions de personnes utilisent le service, qui vient de se lancer sur Android

Attaqué en justice en Allemagne, Adblock est aussi accusé de liens troubles avec Google

Les pop-up ont beau avoir quasiment disparu, la publicité demeure invasive pour de nombreux internautes. Ecrans interstitiels, publicité englobant l’entier du texte sur les côtés et le haut de la page, bannières flashy qui attirent l’œil. Les solutions pour bloquer ces annonces existent depuis des années, mais la principale d’entre elles, Adblock Plus (successeur d’Adblock), fait beaucoup parler d’elle depuis plusieurs jours. Accusée par des éditeurs de presse allemands de les priver de certains revenus, soupçonnée par certains de collusion avec Google, la société allemande Eyeo est au cœur d’une polémique qui dure.

Son système Adblock Plus se présente, sur PC, comme une extension du navigateur web, que ce soit Chrome, Firefox ou Internet Explorer. Installé en quelques secondes, le logiciel se charge de détecter les publicités et de les bloquer. En haut à droite de l’écran, un petit logo cliquable donne des informations sur ce qui a été fait par le logiciel. L’on constate par exemple, sur une page du Monde, que 26 publicités ont été bloquées. Et que le total, en trois jours d’utilisation, s’élève à… 6426. Adblock masque la plupart des annonces, qu’elles soient sous forme d’image ou de vidéo, mais aussi les boutons de partage de Facebook ou de Twitter, par exemple. Du coup, les pages se chargent plus rapidement et le confort de lecture s’en trouve amélioré. Adblock revendique 300 millions de téléchargements et 150 millions d’utilisateurs réguliers.

Ces blocages portent atteinte aux revenus de nombreux éditeurs de sites, à commencer par ceux de médias. En Allemagne, le site Zeit Online, le quotidien économique Handelsblatt, les chaînes de télévision ProSieben, Sat.1 et RTL ont porté plainte contre Eyeo, accusée d’avoir causé un préjudice à leur modèle commercial de manière illégale. Mais voilà, les plaignants ont été déboutés fin mai, Adblock ayant été jugé légal.

Un autre point sensible concernant Eyeo est la définition que la société fait des publicités non intrusives, jugées «acceptables». Par défaut, le service laisse passer certaines publicités, celle de type statistique, celles «de préférence textuelles, sans image accrocheuse» ou encore celles positionnées de manière non agressive dans la page. Autre exigence: «Dans les textes, pas plus de 2% des mots peuvent être des liens hypertextes payants», écrit Eyeo sur le site d’Adblock.

Les internautes peuvent choisir un filtrage très strict des annonces. Ils peuvent aussi dire à Adblock quelles publicités ils estiment légitimes et lesquelles doivent être bloquées. Mais ils ne sont pas les seuls à donner leur avis: les entreprises elles-mêmes peuvent le faire, ainsi que les régies publicitaires.

Du coup, la liste blanche d’Adblock n’est pas totalement objective. D’autant que certaines multinationales du Web financent Eyeo, qui vit principalement de dons, son service étant entièrement gratuit. En début d’année, le Financial Times révélait que Google, Microsoft ou encore Amazon versaient plusieurs dizaines de millions de dollars à Eyeo – pour Google, le chiffre, jamais confirmé, serait de 35 millions de dollars. En regardant la liste complète des adresses non bloquées, l’on retrouve ainsi le nom de Google. Et lorsqu’on effectue des recherches avec ce moteur, on voit, malgré l’activation d’Adblock, certaines publicités textes de Google apparaître.

Malgré les critiques, Eyeo ne s’arrête pas. La société vient de lancer son propre navigateur web pour les utilisateurs de smartphone sous Android. Une version pour iPhone serait en préparation. A signaler qu’en parallèle, plusieurs opérateurs télécoms songeraient eux aussi à filtrer les publicités de Google ou Yahoo! sur leurs serveurs… de manière à demander à ces sociétés une commission pour ensuite les réacheminer.

Google, Amazon et Microsoft sont soupçonnés de payer pour faire passer leurs publicités