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Nutella: Ségolène Royal contre Brigitte Bardot

En s’excusant d’avoir polémiqué sur l’huile de palme du Nutella, la ministre se fait incendier sur Twitter par la Fondation Brigitte Bardot

Quelques secondes d’inattention au Petit Journal de Canal +, un lundi anodin, et le malheur est déjà arrivé: c’est ce qu’a dû se dire Ségolène Royal, la ministre de l’Ecologie qui a déclenché un incident diplomatique entre l’Italie et la France, un cri d’effroi quasi unanime des consommateurs addicts de 1 à 107 ans et les lazzi de tous les snipers des Républicains. A quoi s’ajoutent maintenant, à l’autre bout de l’indignation, les critiques acérées de la Fondation Brigitte Bardot, depuis que la ministre a présenté ses excuses à tous ceux qu’elle avait offensés.

Mais reprenons. Yann Barthès interroge, lundi, Ségolène Royal sur la troisième révolution industrielle. «Nous avons à la préparer», déclare la ministre. Qui poursuit: «Par exemple, il faut massivement replanter des arbres parce qu’il y a une déforestation massive qui entraîne aussi du réchauffement climatique; il faut arrêter de manger du Nutella, par exemple, parce que ça, c’est de l’huile de palme.» Barthès l’allume: «C’est bon, le Nutella.» Mme Royal persiste: «Oui, mais il ne faut pas, voilà.»

A peine cette condamnation morale prononcée que Twitter, le fer de lance de toutes les indignations globalisées, bruissait de trois mots-dièse: un cri de ralliement, #nutella; un constat impitoyable, #nutellagate; une synthèse militante pro-Royal, #NutellaTueLes­OrangsOutans. Et quatre foyers principaux de propagation: l’Europe, les Amériques centrale et du Sud, la côte Est des Etats-Unis. C’est que l’on ne s’attaque pas impunément à l’une des dépendances préférées de ces régions du monde sans s’attirer des ennuis. Sans parler ici plus spécifiquement de l’Italie, où réside le siège de la maison mère, Ferrero.

Un tweet, sobre, suggestif, définitif, parle à lui tout seul pour la nuée qui courait: «Grâce à Ségolène, mes enfants s’intéressent à la politique. #NutellaGate. »

Face aux coulées de réactions indignées, les services du Ministère de l’environnement, qui sans doute mesurent en temps réel les sentiments qu’inspire l’action de la ministre, ont dû juger la contrition nécessaire.

Elle est arrivée promptement ce mercredi 17 juin à 16h31 et quelques dizaines de milliers de tweets plus tard: «Mille excuses pour la polémique sur le #Nutella. D’accord pour mettre en valeur les progrès.»

Des excuses qui ont consterné, en retour, le lobby des défenseurs des animaux, si l’on en juge par la Fondation Brigitte Bardot (@FBB_PORTEPAROLE), qui a réagi vertement: « @RoyalSegolene. Ce n’est pas polémiquer mais informer, sensibiliser… S’excuser est une honte, le lobby de l’industrie a encore frappé!»

Décidément: on ne peut pas plaire à tout le monde, mais en termes d’électorat, mieux vaut sans doute avoir dans sa poche les pro-Nutella que les anti-huile de palme! La démocratie est compliquée.