Arte diffuse ce soir (20 h 15) un reportage de Maria Pia Mascaro, journaliste suisse basée à New York et collaboratrice du Temps. Elle y présente l'action d'une association de policiers noirs américains qui lutte contre les bavures dont sont victimes les membres de leur communauté.

Le Temps: Le reportage parle d'un «mur du silence» du côté de la direction de la police new-yorkaise. Comment avez-vous fait pour le contourner?

Maria Pia Mascaro: Depuis plusieurs années, il y a clairement un déni de la part de la police concernant les bavures de certains de ses membres. Ils sont donc très réticents à parler de cela à la presse. J'ai donc dû lourdement insister pour obtenir des entretiens. J'ai présenté le reportage comme parlant plus largement de la criminalité à New York plutôt que des bavures. Le maire Rudolph Giuliani a instauré une politique très restrictive. Il est nécessaire d'obtenir une autorisation spéciale pour filmer des policier new-yorkais en habits de fonction. Elle ne nous a pas été accordée, raison pour laquelle le film ne montre que des policiers en civil.

– L'association que vous présentez, mise sur pied par des policiers noirs américains, dénonce les bavures policières dont sont victimes les minorités. Comment est-elle perçue par la police new-yorkaise (NYPD) qui tient un discours très volontariste sur l'intégration?

– L'association n'est pas officiellement reconnue par le NYPD. Alors que d'autres associations irlandaises et latinos par exemple le sont. Les membres de «100 Blacks» vivent donc une situation ambiguë: en tant qu'hommes noirs, ils connaissent le racisme ordinaire dont sont victimes les autres membres de leur communauté mais en tant que policiers, ils tentent de présenter la police aux jeunes afro-américains. Leur action vise à prévenir les dérapages et non pas à les monter contre l'autorité policière, même s'ils leur expliquent par exemple comment porter plainte lorsqu'ils sont victimes d'abus.

– De quel relais médiatiques disposent-ils dans cet effort?

– La presse américaine les fait souvent réagir sur des événements ponctuels. Ils existent donc aux yeux des médias d'ici. Mais j'ai rarement vu ou lu des reportages consacrés à ce type d'associations.