Treize semaines ont suffi pour réaliser le pari qu'a lancé la chaîne de télévision M6, en reprenant le concept australien de l'émission Popstars: suivre la création d'un groupe, du casting au concert public. Premier résultat concret aujourd'hui: la sortie officielle du premier album de L5, le groupe de cinq filles issu de la version française.

Sur M6, l'émission a réuni chaque jeudi soir une moyenne de 5,3 millions de téléspectateurs, soit la meilleure audience de la chaîne depuis Loft Story. Elle devance toutes ses concurrentes sur les moins de cinquante ans, son public cible. Un public que visent également les ventes de l'album, promises à une belle réussite, tant le disque est calibré pour cela (lire ci-dessous). Premier indice de ce futur succès, le CD, sorti il y a dix jours, «a réalisé plus de ventes en deux jours que celui de Michael Jackson en une semaine», affirme M6. Avec ses 540 000 copies mises en vente, le disque des L5 surpasse d'ailleurs en nombre les 400 000 exemplaires du dernier Michael Jackson.

La Suisse romande connaît le même engouement. Le CD Toutes les femmes de ma vie, très vite épuisé, a réalisé la meilleure vente de «single» la semaine dernière. Place donc dès aujourd'hui à 20 000 albums mis en bacs. C'est «autant que pour un artiste français connu», souligne Universal Music Switzerland, la maison de distribution. Et une promotion favorisée? «Non, au contraire. Au début, les radios étaient réticentes à cause de l'image du groupe liée à la TV. Finalement, elles ont joué le jeu. Nous allons aussi bientôt enchaîner avec des pubs à la télévision.»

Le fait de créer de toutes pièces un produit artistique n'est pas un phénomène nouveau à la télévision. Souvenons-nous de La Lambada, lancée en 1989 par TF1 et Orangina, et dont le principe – un été, une danse, une chanson – a perduré pendant plusieurs années. Les télévisions n'ont jamais perdu de vue leur force à la fois de promotion et de Pygmalion. M6 s'est faite l'égérie de cette tendance en propulsant sur le devant de la scène musicale des animatrices telle Ophélie Winter ou en développant des émissions comme Graines de stars.

Avec Popstars, M6 va plus loin: elle livre les secrets de fabrication d'un groupe, d'un album. A très grande vitesse. «La chaîne voulait mettre l'émission à l'antenne rapidement, raconte Denis Mermet, de la société Expand, chargée par M6 d'adapter le concept d'origine. Nous avons lancé le projet le 10 juillet, commencé les castings le 2 août pour diffuser le 20 septembre.» Si les moyens mis en œuvre impliquent de nombreuses sociétés, le coût du risque était calculé. «Mercury et M6 Musique ont compris l'intérêt de l'enjeu, confirme Denis Mermet. Elles connaissaient déjà le succès du programme, par exemple en Angleterre ou en Allemagne.» De plus, démarrer en été oblige les participants à renoncer à leurs vacances, pas à leurs charges professionnelles habituelles. «Au début, je n'étais pas très partant, confie Pascal Broussot, responsable des émissions spectacles sur M6 et membre du jury de Popstars. Maintenant, je suis fier du travail accompli et en accord avec le parti pris de décortiquer les phases artistiques du projet.»

Ce qui fait l'originalité et l'intérêt du programme réside bel et bien dans la dramatisation de la fabrication d'un produit. Télévision du réel? Documentaire? Feuilleton vérité? Le concept divise les professionnels de l'audiovisuel. Le Centre national de la cinématographie (CNC) lui avait accordé la qualification de «série documentaire», lui permettant du même coup de bénéficier d'une subvention. «Le budget (dont personne ne veut toutefois articuler le montant, ndlr) est très en dessous d'une fiction et correspond à celui d'un documentaire haut de gamme», affirme Denis Mermet. Devant les remous suscités par cette décision, Catherine Tasca, ministre de la culture et de la communication, a confié vendredi au CNC une mission sur «l'évolution des programmes TV».

Documentaire ou non, Popstars est indéniablement un succès. Dans chacun des pays où l'émission a été diffusée, le disque s'est retrouvé numéro un des ventes, sauf aux Etats-Unis. La Suisse n'échappe pas à la règle. Le single des TEAR's, un groupe de quatre filles né sur la chaîne alémanique TV3, a grimpé en un seul jour à la première place des ventes. Et même si TV3 fermera définitivement ses portes à la fin de l'année, l'album sortira en janvier.

En Australie, après Bardot et Scandal'Us (groupe qui mélange femmes et hommes), les auditions de la troisième édition de l'émission viennent de se terminer, alors qu'aux Etats-Unis et au Canada le casting pour une deuxième série a débuté un mois à peine après la diffusion du dernier épisode. Et en France? «C'est le diffuseur qui décide, répond Denis Mermet. Mais s'il y a de fortes chances que l'on recommence, ce ne sera pas avant un an. C'est un rythme suffisant pour un pays comme la France.»