« Il faut dédramatiser», vient de dire le recteur de la Mosquée de Paris, pour tenter de désamorcer la polémique qui entoure le port, à l’école, du voile par quelques élèves musulmanes. C’est, de sa part, un geste sympathique, mais ce n’est, peut-on craindre, qu’un geste, qui ne suffira pas forcément à rétablir la paix.

Ainsi, parce que quelques jeunes filles, appartenant à des milieux ultratraditionalistes, sont décidées à porter le foulard en classe, voilà la France en émoi. Voilà que les partis prennent le relais de directeurs et des maîtres d’école. Pour les dirigeants socialistes, qui se sont toujours battus pour que l’école fût et restât laïque, le cas est extrêmement embarrassant, car ils risquent de se voir taxer d’«intolérance», étiquette infamante dans le pays qui se dit des Droits de l’Homme. […]

Interrogez un adolescent: il trouvera ridicule qu’on empêche ses camarades de s’habiller comme ils l’entendent, en fonction de leurs attaches, de leurs affinités. L’auto-affirmation par le vêtement, chez eux, n’a jamais été aussi forte. Le respect des différences aussi naturel. L’imposition d’un mode de faire – quel qu’il soit – c’est l’affaire des générations de l’étage du dessus. Refuser le voile à ces jeunes Maghrébines (ou Turques), voilà le scandale, voilà l’anachronisme. […]

Les Français ne s’y trompent pas. Ils savent que l’affaire des foulards les renvoie à un problème autrement préoccupant, celui de l’intégration des immigrés. Et que, plutôt que de laisser faire (ou d’expulser à tour de bras), il faudra bien dialoguer, se concerter avec eux. »