Prendre le contrôle d’une ville entière grâce à son portable, la promesse de «Watch Dogs»

Jeu vidéo Le studio Ubisoft lance une nouvelle franchise

De bonne facture, ce jeu très attendu ne peut cependant pas rivaliser avec «GTA V»

Mise en ligne mi-mai, cette publicité déguisée a marqué les esprits. Par le biais de caméras cachées, on y découvrait comment le propriétaire d’un petit magasin de téléphones portables de Los Angeles transformait les appareils de ses clients grâce à une application spéciale. En pressant alors sur une seule touche, il éteignait les lampadaires dans une gerbe d’étincelles, ouvrait les voitures parquées dans la rue, faisait jaillir de l’argent des distributeurs et provoquait un accident en déréglant les feux de signalisation.

Deux agents de police menaçants finissaient par mettre fin à la supercherie. «Vous venez d’expérimenter ce que vous serez capable de faire dans le jeu vidéo Watch Dogs», concluait la vidéo, qui a été vue plus de 12 millions de fois en quelques jours. Point d’orgue d’un matraquage publicitaire qui aura duré presque deux ans, cette vidéo résumait en quatre minutes une bonne partie des promesses faites par le studio français Ubisoft pour vendre son dernier-né. Une campagne qui se sera révélée efficace puisque, à sa sortie mardi dernier, Watch Dogs était le jeu le plus attendu – et donc le plus préréservé – de l’année 2014.

Watch Dogs (littéralement «chiens de garde») propose d’incarner Aiden Pearce, un hacker mi-truand mi-justicier basé à Chicago. Armé d’un téléphone portable et de quelques armes à feu, il cherche à se venger d’une tentative d’assassinat qui a coûté la vie à sa nièce. Coup de chance pour le pirate informatique, Chicago – numérisée avec un grand souci de précision – est sous contrôle d’un logiciel omnipotent (ctOS) qui, une fois craqué, offre un accès illimité à la globalité des infrastructures électroniques de la ville. Pratique pour un jeu dans lequel on promet au joueur d’avoir les coudées franches, ce scénario vient habilement se raccrocher à l’actualité (centralisation des données, gouvernement intrusif, hacking, etc.). Outre ce thème «au cœur de l’ensemble des préoccupations actuelles», le docteur en sciences politiques et game studies Olivier Mauco voit dans le message du jeu – «grâce à notre portable, nous sommes tous potentiellement des super-héros» – une possibilité «d’adhésion et d’identification très forte» de la part des joueurs.

En 2012, lors de l’E3 – plus grand salon mondial du jeu vidéo, à Los Angeles –, la présentation du jeu a été une «vraie claque», selon Richard Beaudoux. L’analyste de Natixis spécialiste de l’industrie du jeu vidéo relève que «Watch Dogs a marqué les esprits comme LE jeu qui allait incarner la nouvelle génération de consoles». Watch Dogs est en effet volontiers vendu comme l’une des premières licences qui exploite à fond les capacités des PlayStation 4 et autres Xbox One.

Plus loin, avec cette nouvelle franchise (appelée à se décliner dans les années à venir si le succès est au rendez-vous), Ubisoft essaie indirectement de s’attaquer à son rival américain Rockstar Games, «la Rolls Royce des studios de développements de jeux vidéo», selon Richard Beaudoux. Cette filiale du groupe Take Two Interactive est connue pour avoir réalisé la saga Grand Theft Auto (GTA) dont le cinquième opus est sorti en septembre 2013. Le retard de Watch Dogs annoncé le mois suivant serait d’ailleurs dû «à des tests internes, à en croire Richard Beaudoux. Le jeu n’était pas satisfaisant au regard de GTA V, avec qui il est en compétition frontale». Identiques sur le principe (le héros évolue librement dans un «monde ouvert», avec des missions à réaliser au bon vouloir du joueur), les deux jeux sont en compétition sur la grandeur de la carte, la difficulté des missions, la durée de vie, la jouabilité, etc.

Mais même si Ubisoft a «bien travaillé», selon Olivier Mauco, concurrencer GTA V sera difficile. «Trop, à en croire Richard Beaudoux. Car le dernier épisode de GTA était en gestation depuis des années. De plus, il est sorti sur des consoles en fin de vie, et donc parfaitement maîtrisées. A l’inverse, Watch Dogs est une marque inconnue qui débarque sur des consoles de nouvelle génération.»

Les chiffres parlent d’eux-mêmes: 11 millions d’exemplaires de GTA V ont été vendus le jour même de sa sortie, 33 millions au total. Selon les estimations, Ubisoft devrait écouler au total «entre 7,5 et 10 millions» de copies de Watch Dogs.

Mais, même loin derrière son rival, cela devrait suffire au studio français pour lancer le développement du prochain épisode.