Sur les réseaux

Trois mots clés pour débattre du racisme

#flag, #confederateet #nigger fédèrentla conversation sanglante autourdu racisme aux Etats-Unis. Obama y brise un tabou

Après l’attentat raciste de Charleston en Caroline du Sud, un débat racial laboure les Etats-Unis, et par ricochet le monde. Sous quel mot-clé voyage-t-il?

C’est que le match se joue entre trois mots-dièses. Les deux premiers fonctionnent comme deux parfaits objets de transfert. Ils recueillent donc les palmes à l’audimètre et au taux de diffusion mondial: ce sont dans l’ordre #flag et #confederate.

On sait que le terroriste présumé de Charleston, Dylann Roof, a posé brandissant l’étendard confédéré. Ce drapeau (flag en anglais) est devenu le symbole du passé esclavagiste américain. Aussitôt déployé au cœur des débats, il n’a d’ailleurs pas tardé à connaître un regain d’intérêt suspect sur les plateformes des grands distributeurs online qui ont vu leurs commandes dudit étendard exploser. Depuis, Amazon, eBay et Walmart (parmi d’autres) en ont suspendu la vente, tandis que Google a décidé de ne plus afficher de publicité pour le drapeau dans ses recherches.

#flag et #confederate explosent donc aux Etats-Unis sur le réseau Twitter, pour fédérer une conversation qui a essaimé ensuite, sous cette bannière, dans le monde entier. Les «innocents» hashtags jouant à fond leur fonction de transfert dans un débat où règne de part et d’autre la frustration, le non-dit, les tabous, et où l’Histoire (avec un grand «H») vient cruellement se rappeler à la mémoire: les Etats-Unis ont-ils réellement surmonté les plaies ouvertes de la guerre de Sécession, l’abolition de l’esclavage et la fin de la ségrégation raciale?

Tout autre destin pour le troisième mot clé en ce qu’il désigne, lui, le cœur du débat et incarne le tabou suprême: on parle ici de #nigger, en français «nègre». Mot honni de la bienséance du discours et que le président Obama a prononcé nommément dans un long entretien pédagogique à une radio californienne, dans le cadre de la discussion sur le racisme qui tétanise actuellement les Etats-Unis.

Dans l’habitus communément accepté de la discussion publique aux Etats-Unis, utiliser le mot «nègre» ne se fait pas. Et moins encore lorsque l’on est président des Etats-Unis, fût-on Noir soi-même. Du coup, les adversaires, surtout blancs, d’Obama se déchaînent en tentant de le diaboliser plus encore.

A l’audimètre, pourtant, on se rend compte combien les Américains ont de la réticence à reprendre le mot-dièse, dont l’usage sur les réseaux est infiniment plus circonscrit que #flag ou #confederate. Surtout: #nigger est plus utilisé par les défenseurs du président, qui ne se laissent pas démonter par les efforts de décontextualisation des adversaires d’Obama.

Deux mots clés qui permettent un transfert confortable. Un mot clé qui exacerbe le tabou et pointe la question: Twitter est un symptôme à ciel ouvert!