Sur le papier, le Sri Lanka est cette île ensorcelante de 20 millions d’habitants, située à quelques dizaines de kilomètres au large de l’Inde et dont les touristes prisent les plages de sable fin, les temples perdus dans la jungle et les paysages de rizières. Dans les faits, l’ancienne Ceylan, un joyau de l’Empire britannique jusqu’en 1948, est un pays consumé depuis des décennies par les rivalités qui oppose les Cinghalais (les trois quarts de la population), les Tamouls (quelque 16%) et la minorité musulmane.

L’île de l’océan Indien a basculé dans la guerre civile en 1983, lorsque Velupillai Prabhakaran, qui avait fondé les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE) à l’aube des années 1970 pour dénoncer la suprématie du pouvoir cinghalais, prit les armes pour revendiquer la création d’un Etat indépendant pour la minorité tamoule – Tamil Eelam – dans les provinces nord et est de l’île.

En 2002, un cessez-le-feu est signé sous l’égide de la Norvège. Un calme précaire s’installe qui ne durera pas. En novembre 2005, Mahinda Rajapakse, un cingalais originaire du Sud pauvre et délaissé du pays et qui se pose en «homme des masses» de centre gauche, est élu président sur la base d’une alliance avec de petits partis ultranationalistes et réfractaires à toute discussion avec les Tamouls. Alors que les LTTE harcèlent les forces de l’Etat, le président décide de rendre coup pour coup et relance progressivement la machine militaire.

En janvier 2008, le cessez-le-feu, qui n’est déjà plus qu’un vain mot, est officiellement rompu. Quelque mois plus tard, le président lance «l’assaut final» contre les Tigres, qui au faîte de leur puissance ont compté jusqu’à 10 000 hommes et contrôlé un tiers de l’ancienne Ceylan. Les dernières convulsions de la guerre, qui voit les forces gouvernementales grignoter pas à pas le territoire des rebelles au nord de l’île, sont atroces. Pris entre le feu des combats, les civils tamouls sont déracinés, blessés et tués par milliers.

En dépit d’une clameur internationale grandissante, Mahinda Rajapakse continue de mener la charge, intraitable. L’heure de la consécration sonne pour lui le 18 mai 2009, lorsque le chef suprême des Tigres, Prabhakaran, est abattu. Le président proclame la «fin du terrorisme» au Sri Lanka. Selon l’ONU, depuis ses débuts, le conflit a coûté la vie de 80 000 à 100 000 personnes.