Carl Levin

En Suisse, il est surtout connu pour ses attaques au vitriol contre le secret bancaire et la lutte déterminée qu’il a menée jusqu’à faire plier UBS. Mais aux Etats-Unis, le démocrate Carl Levin (75 ans), qui en est à son sixième mandat de sénateur, est surtout réputé pour n’avoir peur de rien. Farouche avocat du contrôle des armes, il est sur toutes les listes noires des lobbies qui, d’ordinaire, font et défont les carrières politiques. Son opposition à la guerre d’Irak l’avait amené à dénoncer de manière virulente la «désinformation» du président Bush qui tentait de lier le président irakien Saddam Hussein à Al-Qaida.

Surtout, à la tête de la puissante sous-commission sénatoriale d’enquête, qui lui offre beaucoup de moyens d’investigation, Carl Levin est un inquisiteur particulièrement redouté. Ce juriste de formation, extrêmement précis et pointilleux, semble prendre un malin plaisir à voir ses interlocuteurs, soumis à ses questions sans détour, s’enfoncer dans leurs contradictions. ( L. L.)

Robert Khuzami

La «menace crédible», c’est lui. Robert Khuzami, 53 ans, ex-procureur de New York, ex-chef des affaires légales de Deutsche Bank, porte depuis mars 2009 le costume de «Père Fouettard» de la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme du secteur financier américain en mal de crédibilité. C’est lui qui, en déposant sèchement plainte pour fraude sans chercher d’arrangement préalable avec Goldman Sachs, semble être allé frontalement «chercher des noises au plus costaud des gamins de la cour de récré», selon la formule d’un commentateur cité par Bloomberg. Des méthodes de procureur doublées d’une connaissance intime de la structuration des produits financiers complexes (ses fonctions chez Deutsche Bank l’ont amené à superviser de telles activités), de quoi changer la face d’une SEC trop accusée de complaisance avec le secteur qu’elle est censée superviser. Ce dernier tremble déjà de savoir que Robert Khuzami ne manque pas de curiosité – et de pratique – pour les us de la banque d’affaires. (Rinny Gremaud)

Lloyd Blankfein

C’était une blague, mais Lloyd Blankfein, 55 ans, restera tout de même dans les mémoires pour avoir dit qu’en tant que directeur de Goldman Sachs, il «réalisait l’œuvre de Dieu». Un travail pour lequel en 2007, année de crise, il toucha un salaire horaire de quelque 20 000 dollars (68,5 millions de dollars au total). La banque la plus influente du monde, qu’il dirige depuis 2006, est celle qui, le plus vite, s’est redressée après le choc financier, cristallisant la haine et l’incompréhension des Américains qui avaient payé pour son sauvetage. Depuis lors, Lloyd Blankfein tente tant bien que mal de contenir une crise de réputation, où se mêlent accusations de spéculation inconsciente et théories du complot. L’an passé, il a présenté, outre des résultats stupéfiants, des excuses publiques mais vagues pour «les choses que la banque n’aurait pas dû faire pendant la crise et qu’elle regrette». Pensait-il alors aux profits tirés de l’effondrement du marché «subprime» aujourd’hui incriminés par la SEC? (R. G.)

Fabrice Tourre

La plainte de la SEC, qui cite des extraits de correspondance de Fabrice Tourre avec sa petite amie, dresse le portrait du «frenchie» en financier jacasse et outrecuidant. L’autoproclamé «Fabulous Fab’» s’y dépeint, émettant des produits financiers «monstrueux» comme dans un laboratoire de savant fou, se croyant seul capable de survivre à l’effondrement annoncé de l’immobilier américain. A 31 ans, Fabrice Tourre a tout d’un Icare, recruté très jeune par Goldman Sachs, la banque des meilleurs, à la sortie de Stanford, où il peaufinait son CV de vainqueur après l’Ecole centrale de Paris. Vice-directeur, à 28 ans, d’un département de produits structurés, il est le seul employé de la banque nommément accusé de fraude par la SEC. En amont de son audience au Sénat, Goldman Sachs a publié de plus larges extraits de la correspondance de Fabrice Tourre, avec pour double effet de révéler un personnage plus ambivalent et désabusé que proprement malveillant, tout en contribuant à le dénuder encore. Pour mieux le brûler peut-être. (R. G.)

John Alfred Paulson

Il n’est pas accusé, il ne sera pas entendu. Et pourtant, John Paulson, numéro 45 au classement Forbes des plus riches, est un pivot dans la création – frauduleuse selon la SEC – des produits financiers élaborés par Fabrice Tourre. Le patron du fonds spéculatif Paulson & Co, dont la fortune personnelle est aujourd’hui estimée à 12 milliards de dollars, est l’un des rares investisseurs à être sorti gagnant de l’écroulement du marché immobilier «subprime», qu’il a tôt subodoré. Comment? A en croire Gregory Zuckerman dans son livre The Greatest Trade Ever, Paulson aurait suggéré à plusieurs banques, dont Goldman Sachs, de créer des produits agglomérant des hypothèques pourries, dans le seul but de pouvoir parier sur leur effondrement. La banque, elle, trouvait parmi ses clients des acheteurs pour ces produits voués à l’échec. C’est ainsi, entre autres, que dès 2007, John Paulson s’enrichissait de 10 millions de dollars par jour, soit, selon la formule de Zuckerman, «plus que J.K. Rowling, Oprah Winfrey et Tiger Woods réunis». (R. G.)