Le Temps: En quoi consiste votre programme?

Laurence Bovay: Il est destiné à réduire le stress pris d’une manière générale et s’affine en modules spécifiques, telle la prévention de rechute pour personnes dépressives, ou dépendantes, ou encore confrontées au stress lié au monde du travail. Ce programme de huit semaines ne permet pas de former des méditants mais de donner une boîte à outils.

Qui a imaginé cette boîte à outils?

C’est le docteur Jon Kabat-Zinn qui l’a structurée il y a 35 ans aux Etats-Unis. Il était de formation scientifique et, à titre personnel, pratiquait la méditation bouddhiste. Il a pensé à introduire des rudiments de méditation à l’intérieur des hôpitaux, lieux de souffrance, pour accompagner le suivi des patients. Il a mis du temps à convaincre les institutions, les médecins, qui étaient sceptiques au départ, mais il a eu à cœur de systématiser quelques outils pour pouvoir les insérer dans ce ­contexte médical.

Par des tests systématiques, il a démontré que les patients qui pratiquaient la méditation adhéraient avec davantage de conscience au traitement. On pouvait ainsi réduire leurs doses médicamenteuses. Il y avait une relation à l’expérience qui était différente, même à la douleur. Prendre acte dans un premier temps: la douleur est là. Et dans un second temps s’attacher à mieux la connaître, mieux vivre avec.

Et non pas l’éliminer? On arrive donc à apprivoiser l’expérience?

Absolument. Souvent on peut augmenter une souffrance par rejet, par crainte. Avec la méditation, le but est d’observer le phénomène et petit à petit on arrive à mieux le connaître. C’est comme le deuil: il ne s’agit pas d’annuler notre souffrance, mais de trouver le moyen pour qu’elle ne soit pas intolérable. Car on est démuni face à elle…

La réduction du stress est donc le pilier de la pratique de méditation à vocation thérapeutique?

Oui. Après que Jon Kabat-Zinn eut fondé une clinique de réduction du stress par la méditation de pleine conscience aux Etats-Unis il y a trente-cinq ans, cette méthode a été expérimentée par d’autres praticiens de santé, des psychologues, des psychiatres tel Christophe André, de l’Hôpital Sainte-Anne à Paris, par exemple, qui en est devenu un des spécialistes.

Tout d’un coup cette approche s’est vulgarisée . Qu’est-ce que cela révèle sur notre mode de vie?

Je dirais que ce succès grandit ces cinq dernières années. Il y a peut-être un effet de mode, mais ça répond à un besoin, une demande croissante due à notre vie en milieu urbain. Il y a deux stress: un positif, vital, nécessaire qui est la manière dont l’énergie se mobilise pour nous permettre d’agir, d’entreprendre, de créer. Mais il y en a un autre plus négatif qui, lorsqu’il devient chronique, finit par faire des dégâts au niveau de la santé physique et psychique de l’individu, du groupe, de la collectivité et de la société.

Donc au-delà des maladies diagnostiquées, notre mal-être aujourd’hui dans les sociétés occidentales vient uniquement du stress?

De manière plus large, on vit dans une société en remous, en redéfinition, il y a une perte de repères pour tous les âges. Il y a un emballement, des rythmes qui s’accélèrent à tous niveaux et on a besoin de silences, de pauses pour faire le point, pour questionner ce qui est essentiel à chacun.

Comment y arriver?

Ce que nous enseignons dans nos groupes, c’est d’abord de ralentir, de nous arrêter, de privilégier une qualité d’être plutôt que de faire. En prenant conscience instant après instant de ce qui se passe en nous sans jugement, et avec bienveillance. Et aussi d’être plus lucide sur nos automatismes, nos conditionnements, nos réactivités.

Ce sont des arrêts mentaux? Il ne s’agit pas forcément de s’asseoir et de s’isoler?

Non, cela peut durer quelques secondes ou quelques minutes de manière à être conscient de ce qu’on éprouve, de manière à ne pas laisser s’accumuler trop de tensions.

C’est aussi pour améliorer l’estime de soi?

En tout cas restaurer une ­confiance et s’autoriser à prendre du temps pour être plus à l’écoute autant de soi que des autres. La gestion du stress est le point de départ d’une démarche plus profonde, d’une connaissance de soi et donc d’une meilleure relation au monde.

La bienveillance est une notion importante?

Oui, c’est le socle qui consolide toute cette démarche. Si l’on arrive à être ami avec soi-même, cela déteint sur les relations dans notre entourage. Car ce que je rejette dans l’autre c’est aussi ce que je rejette en moi.

Ce silence obligatoire est-il facile à vivre?

Il faut être prêt à questionner son hyperactivité, sa peur de l’ennui, sa peur du vide qu’on va forcément côtoyer une fois qu’on aura pu diminuer son niveau de stress.

C’est aussi ouvrir la porte à sa vie intérieure, valoriser la vie contemplative?

Oui, absolument. Le méditant, ce n’est pas forcément une personne qui sait s’asseoir en lotus sur un zafu. C’est quelqu’un qui sait admirer une fleur ou un visage, regarder un oiseau qui passe. Là, on est dans l’esprit contemplatif.

C’est donc s’ouvrir à la beauté?

Mais oui! Il n’y a pas une forme rigide, figée. C’est une invitation à ralentir, à goûter la vie et à la contempler dans sa simplicité. Tenter de cultiver la beauté de la présence, ici, dans l’instant, même au contact de la souffrance…

Renseignements: http://www.ressource-mindfulness.ch/