Le Conseil fédéral change de politique audiovisuelle. Il s'adapte au marché et abandonne ses coutumes protectionnistes en matière de télévision. Serait-il brusquement saisi de frénésie ultralibérale? Quatre ans après avoir refusé une concession à la chaîne allemande RTL, le voilà qui fait volte-face en autorisant Sat1 à diffuser des fenêtres destinées au seul public helvétique.

C'est évidemment le revenu publicitaire qui intéresse ces gros diffuseurs privés. Ils savent bien que les annonceurs vont se précipiter sur ces nouveaux espaces. En Suisse, la part de pub dédiée à la télévision est encore fort modeste par rapport au reste de l'Europe. Cette répartition nourrit une presse écrite très diversifiée. Les nouvelles émissions suisses de Sat1 provoqueront forcément un appel d'air publicitaire vers les petits écrans. Les journaux doivent s'en faire une raison.

En ouvrant le marché suisse de la télévision, le Conseil fédéral peut donner l'impression de jouer le jeu des diffuseurs étrangers. A vrai dire, il n'avait pas le choix. Sat1 aurait très bien pu se passer de l'autorisation fédérale et ouvrir ses fenêtres suisses sur la base d'une simple concession allemande. Le CF aurait alors été placé face à sa propre impuissance. En prenant les devants, il a tout de même réussi à fixer quelques conditions qui profiteront au cinéma et au football suisse.

Quant à la SSR, elle semble se résoudre à cette nouvelle donne. Comment pourrait-elle sérieusement justifier son monopole de la taxe TV si elle continuait à refuser toute concurrence sur le marché de la pub? L'ouverture de la Suisse est à ce juste prix, comme on dit à la télévision.