«Nous sommes très satisfaits de la décision de l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN). Elle confirme la qualité de notre dossier et nous incite à travailler intensivement pour réaliser ce projet». Andreas Werz, porte-parole d’Alpiq, société promotrice de la centrale nucléaire Gösgen II, salue ce qui apparaît comme le premier feu vert technique pour l’entrée de la Suisse dans une deuxième ère nucléaire.

Pour l’instant, Alpiq et les deux autres promoteurs en lice, les Forces motrices bernoises (FMB) pour Mühleberg II, et le zurichois Axpo pour Beznau III, sont tous en concurrence pour obtenir l’autorisation de construire une centrale nucléaire devisée entre 6 et 8 milliards de francs. Au fil des mois cette compétition va s’estomper puisque les promoteurs admettent que deux nouvelles centrales sont amplement suffisantes pour couvrir les besoins en énergie à moyen et long terme de la Suisse.

La présence de trois projets s’explique simplement par le découpage géographique et concurrentiel des producteurs d’électricité. Tous désirent disposer, pour leurs clients suisses et étrangers, du courant nucléaire qui a pour avantage d’être bon marché et constamment disponible en ruban. Ce «tapis nucléaire» permet aux entreprises de vendre au prix fort le courant de pointe tiré des barrages alpins.

Mühleberg, maillon faible

Le dossier étant davantage politique qu’économique, les entreprises savent d’ores et déjà qu’elles devront renoncer à au moins un des trois projets. Des discussions se poursuivent entre les responsables d’Axpo, FMB et Alpiq afin de désigner, au plus tard début 2012, lequel des trois projets sera enterré.

L’IFSN n’a pas effectué de comparaison formelle sur la sécurité des sites. Elle a cependant demandé des expertises complémentaires, et formule un certain nombre de remarques. La comparaison montre un léger handicap pour Mühleberg, qui fait l’objet de dix remarques dont plusieurs sérieuses concernant les risques consécutifs à des éboulements, à un incendie de forêt et à la chute volontaire ou non d’un aéronef.

Le vote populaire bernois du 13 février 2011 sera également déterminant pour l’avenir de ce projet, présenté conjointement à celui de Beznau III. Ces deux dossiers semblent d’ailleurs interchangeables en ce qui concerne notamment la puissance des réacteurs (1450 MW) et la technologie présentée, dite de troisième génération.

Le projet de Gösgen II (Alpiq) préfigure déjà la quatrième génération de réacteurs nucléaires, attendue dès 2025. C’est le moins abouti géographiquement puisqu’il comporte deux variantes pour l’emplacement, en particulier, de la tour de refroidissement. C’est aussi le moins abouti techniquement. La demande de puissance du réacteur, qui va jusqu’à 1900 MW dans l’une des variantes, correspond à une installation dont les détails ne sont pas encore disponibles selon les standards techniques actuels. Tout porte à croire que l’industrie électrique envisage Gösgen II comme un projet devant couvrir les besoins en électricité dès 2035.