Défaite, Véronique Pürro relativisait hier soir son échec personnel: «La défaite de la gauche en général m’inquiète plus que mon résultat. Cela s’est joué à peu de chose près en fait, et je devais faire face à plusieurs handicaps. Tout d’abord, mon parti, contrairement aux Verts, n’a pas le vent en poupe. Ensuite, j’ai dû endosser l’héritage de Laurent Moutinot, le magistrat sortant qui a été très critiqué. Enfin, un courant qui ne voulait pas reconduire la majorité de gauche au gouvernement s’est largement fait entendre.»

La candidate malheureuse, qui a fait l’objet de solides inimitiés dans son parti, n’aurait-elle aucune erreur stratégique à se reprocher? «On est toujours plus intelligent après, mais je continue à croire qu’il fallait parler de sécurité, et je pense toujours qu’il faut poursuivre les réformes lancées dans ce domaine», souligne-t-elle.

Mais alors qu’elle déclarait il y a quinze jours dans nos colonnes qu’elle imaginait sa carrière politique terminée en cas d’échec, Véronique Pürro semble désormais beaucoup moins tentée par une retraite: «A 43 ans, je suis encore jeune, et la gauche aura besoin de toutes les forces disponibles pour se reconstruire. A ce stade, je n’exclus rien pour la suite.»

Solidarité oubliée

Président du PS, René Longet ne se montre pas plus enclin à raccrocher en offrant sa démission: «Mon mandat se termine en février, les militants décideront alors s’ils veulent confier les rênes à quelqu’un d’autre.»

Le maire d’Onex inscrit tout d’abord l’échec de son parti dans le cadre «de la crise que traverse la social-démocratie en Europe. Dans cette société consumériste et individualiste, les gens doutent de la pertinence des mécanismes de solidarité: ils ont l’impression de payer pour des gens qui ne le méritent pas. C’est à nous de faire un travail de fond pour prouver la légitimité de la solidarité.» Pour redresser le parti, il faudra aussi «se montrer plus proche des gens, par des permanences de quartier notamment, estime l’élu. Sans oublier «de resserrer les liens avec la gauche de la gauche».

Pour Anne Emery-Torracinta, cheffe du groupe parlementaire socialiste au Grand Conseil, il est urgent de «réfléchir sur nos positions et sur la manière de les exprimer. Le flou n’est jamais bon et nous n’avons pas été clairs sur la sécurité par exemple». Manuel Tornare, membre de l’exécutif de la Ville de Genève, renchérit: «Notre discours est confus.» Pour y remédier, René Longet promet de présenter «un nouveau projet de société, clair et lisible, en 2010»…

Pour le conseiller administratif radical Pierre Maudet, c’est justement son manque de lisibilité que paie le PS, «qui hésite entre une orientation sociale-démocrate ou plus proche de la gauche dure». Car à droite aussi, on pointe des problèmes de fond plutôt que d’insister sur une éventuelle erreur de casting du PS. Le PDC Guy Mettan relève que le parti, à l’échelle européenne, «n’a pas su s’adapter à la globalisation. Il s’est coupé de sa base en se cantonnant à répondre à un électorat de classe moyenne, tout comme les Verts. Les prolétaires ne se reconnaissent plus dans ses rangs. Cela se traduit par un flottement d’environ 20% de l’électorat qui opte parfois pour les partis populistes.»

A contre-courant, le conseiller national vert Antonio Hodgers hésite pour sa part à tirer de grandes conclusions politiques «d’une élection aussi fortement basée sur des personnes: Véronique Pürro a fait une campagne en dessous de sa valeur, si elle avait été meilleure, elle aurait passé.»